La limite du questionnement d’Edwy Plenel

Ce mercredi 4 mars 2026, E. Plenel (entre autres cofondateur de Mediapart) était l’invité de Guillaume Erner (Les Matins de France Culture) pour parler de son livre La démocratie n’est pas l’élection.

Son propos ne concerne pas seulement la France, mais la « démocratie par la seule élection » qui produit dans le monde actuel les catastrophes dont, aux USA notamment, l’établissement d’un « pouvoir fasciste, obscurantiste, gangstériste, suprémaciste.»

A deux reprise, G. Erner l’interroge sur la mort d’Ali Khamenei (tué par les bombardements américano-israéliens) et E. Plenel lui répond que personne ne regrette la mort d’un tyran en lui faisant comprendre que ce n’est pas une question essentielle, qu’on ne règle pas les problèmes par la loi du plus fort et qu’ « il faut que les peuples se saisissent eux-mêmes de leur destin (…) Mon livre, dit-il, est un manuel de résistance à l’offensive générale contre l’égalité des droits. »

Tout son discours sur la description des dysfonctionnements actuels s’inscrit dans une cohérence que G. Erner ne parvient pas à mettre en difficulté même quand il joue le rôle de l’avocat du diable.

Le problème que j’évoque dans le titre commence à partir du moment où G. Erner l’interroge sur les solutions possibles.

E. Plenel répond que « nous avons baissé la garde » que la démocratie est un mouvement et qu’il faut chercher la réponse dans un écosystème d’autorganisation qui fait surgir de nouvelles questions.

Il prend deux exemples : celui de la lutte de Gisèle Halimi pour le droit à l’IVG et celui de l’émergence, en 2024, du Nouveau Front Populaire né de la base, à l’initiative notamment du journaliste François Ruffin – devenu depuis député.

Et que dit-il alors ? Qu’après ce rebond démocratique, ils (la gauche) reprennent ce qu’il appelle « la course des petits chevaux », autrement dit la compétition électorale, fratricide,  qui fait replonger dans la même défaillance démocratique.

Puis, quand G. Erner lui demande où il situe la cause de cette faiblesse de la gauche, il répond « le mitterrandisme. »

Là se situe la limite qu’il ne franchit pas.

Elle peut se traduire par cette double question qui constitue le début d’une problématique qu’il ne cherche pas à construire : pourquoi le rebond démocratique avorte-t-il ? Pourquoi le mitterrandisme fonctionne-t-il ?

Autrement dit, pourquoi la solution qu’il propose ne marche pas ?

Autrement dit encore :

–  si G. Erner – il n’est pas le seul – pose la question de la mort de Khamenei, ce n’est pas parce qu’il imagine que son interlocuteur pourrait la regretter, mais parce que, tout au fond, il croit, il pense ou il voudrait bien que le problème iranien – partant, les problèmes politiques en général – se réduise à un individu qui serait la cause.

– et si E. Plenel ne pose pas la question « pourquoi ma solution ne marche pas ? », c’est parce que, tout au fond, il croit, il pense ou il voudrait bien que le problème du dysfonctionnement de la démocratie se résolve essentiellement par des initiatives populaires, ce qu’on appelle la base, – il prend l’exemple du succès de Zohran Mamdani à New-York – dont il dit que les secrétaires de la CFDT et de la CGT sont les expressions.

Mais les faits – dont la course des petits chevaux succédant à l’initiative populaire –  lui répondent que c’est une illusion, que ça ne marche pas.

Ceux qui sont intéressés par la construction d’une problématique sur cette question peuvent lire « le commun aujourd’hui », ici dans le blog.

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