Molière (1)

Je lisais dans Le Monde (20/01/2026) un article sur ICE (la police fédérale de l’immigration – créée par D. Trump) écrit par Cynthia Miller-Idriss, une Américaine enseignant à l’université de Washington. Cette police – devenue la plus importante force fédérale, plus importante même que le FBI – qui fonctionne à la manière d’une milice armée et intervient sans restrictions en arrêtant, en tuant (Renee Good),  non seulement dans les rues, mais encore dans les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte, rappelle les milices nazis SA et SS.

Et là, je parle des USA, éclairés à l’entrée maritime de Manhattan, par le flambeau de la statue de la Liberté.

Venir par le ferry de Staten Island, passer à côté de la statue avec la pointe de Manhattan devant soi, est un moment inoubliable à la fois par l’espace physique et la charge émotionnelle liée à l’immigration historique.

Même en tordant le cou à la mythologie, même en regardant ce que fut le réel, il y a, aujourd’hui et maintenant, quelque chose qui s’apparente au cauchemar éveillé.

Je connais nombre de grandes villes étrangères. Je ne me suis jamais senti autant membre de l’humanité qu’à New-York.

En feuilletant le journal – une accumulation de malheurs, de violences, de menaces – je me sentais à la fois gagné par l’accablement de l’impuissance et guetté, même si c’est à distance, par ce qui ressemble à du pessimisme, peut-être même à de la misanthropie.  Du noir.

Et puis, à midi, sur France Culture, un débat sur Les femmes savantes,  la comédie de Molière, mise en scène par Emma Dante et jouée par la Comédie française au Théâtre du Rond-Point (la salle Richelieu est en travaux).

Molière.

Il est de tous les auteurs dramatiques, sinon de la littérature, celui dont je me sens le plus proche. De toutes les œuvres que j’ai enseignées pendant des décennies à des classes de première, Dom Juan est celle qui m’a procuré le plus, non de plaisir, mais, dans le sens que lui donne Spinoza, de joie.  

J’avais onze ou douze ans, j’étais au lycée, et le professeur nous emmena un jour au cinéma voir la représentation filmée à la Comédie française du Bourgeois gentilhomme. Louis Seigner interprétait le personnage de Monsieur Jourdain. On vit parfois des moments d’éblouissement. Celui-là en fut un extraordinaire. Je m’entends encore me dire, comme si c’était hier, « pourvu que ça ne finisse pas ! ». C’est peut-être un début d’explication.

La seule idée d’écouter un débat – il fut très intéressant –  sur la représentation de Les femme savantes me fit l’effet que peint Rimbaud  dans Le bateau ivre  :

« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,

L’eau verte pénétra ma coque de sapin

Et des taches de vins bleus et des vomissures

Me lava (…) »

Je vous propose d’embarquer, avec Les femmes savantes, pour un voyage dont, comme d’habitude, j’ignore la durée.

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