C’était l’objet proposé par Quentin Lafay (Questions du soir – France Culture – 18 15 – 03/10/2025) pour lequel il avait invité Thierry Jobard, essayiste et libraire, Marianne Chaillan, professeure de philosophie et écrivaine.
Q. Lafay explique que lui et son équipe ont décidé de remplacer l’intitulé initialement choisi « Comment réussir sa vie ? » par « Faut-il réussir sa vie ? ». Cet intérêt pour le questionnement jusqu’à la critique de soi constitue celui de l’émission, plus ou moins valorisé selon les invités.
Les deux invités de ce jour développent une pensée critique précise et que je trouve très pertinente sur le rapport entre réussir et vie en démontant de manière remarquable les constructions idéologiques.
Marianne Chaillan propose ainsi de substituer à « réussir sa vie » l’idée « réussir à vivre ». Et elle explique : « Comment réussir à vivre ? C’est quand on a accepté les lois indépassables de l’existence à savoir qu’il y aura de l’échec, de la souffrance, des manques, des regrets. »
Seulement, « c’est quand » ne permet pas de savoir comment on parvient à accepter, et ne donne pas une définition de ce qu’est vivre en tant qu’être humain.
En d’autres termes, rien sur ce qui constitue la spécificité de l’homme (sa conscience), dont témoigne le fait que pendant les presque quarante minutes du débat, un mot, pourtant essentiel, n’a pas été prononcé une seule fois – j’ai réécouté l’émission : le mot mort, comme si la pensée de la mort et de sa mort n’intervenait pas dans la construction de la vie de l’homme.Qu’en diraient Montaigne (« Philosopher, c’est apprendre à mourir ») et Nietzsche (« Meurs à temps ») cités par Marianne Chaillan ?
Je n’ai pas entendu non plus le mot éthique, alors que Spinoza a été cité en toute fin d’émission.
Et pourtant, Spinoza explique très bien comment il est possible d’accéder à la liberté et à la joie en établissant le rapport le plus adéquat possible entre notre vie particulière et la vie globale, entre l’individu que nous sommes et le Tout.
Réussir, pour peu que le mot ait un sens quand on l’applique à la vie, c’est peut-être ça.