Juste de l’autre côté de l’océan – je rappelle que suis sur l’extrême bord de l’ouest de l’Irlande – donc à quelques encablures, D. Trump vient brusquement de retrouver ses78 ans. Mais si le retrait de J. Biden lui ferme une fenêtre de tir sur l’âge et ses effets, la probable désignation de K. Harris lui ouvre celles de la femme et de l’Américaine « pas de souche ». Il ne manquera donc pas de munitions avec quand même le risque de ne rien pouvoir contre la tentation ambivalente de « la première femme présidente des USA ». Pour le « pas blanc » il y a déjà eu B. Obama. Il a déjà commencé à tirer en qualifiant sa future adversaire de « folle ». Le filon de l’hystérie qu’il va sans doute exploiter puisque, à la différence d’H. Clinton, elle n’incarne pas l’establishment honni du populisme basique, ce qui a sans doute empêché son élection en 2016.
Ce matin, les commentateurs de France Culture (la chaine passe aisément les frontières avec l’Internet) ne parlaient que de tactiques et de stratégies électorales, comme si la totalité des électeurs était dépourvue de convictions et de pensée.
J’ai envoyé cette contribution :
« Le problème, pas nouveau, que repose donc cet événement, est celui de la culture politique en tant que principe du suffrage universel. Ici, comme ailleurs, les articles et les commentaires – qui ne posent jamais, ou presque, cette question – avalisent implicitement l’idée que les citoyens-électeurs sont des girouettes réagissant aux seuls slogans, que « c’est comme ça », et que ce qui va déterminer leur vote – pour un enjeu aux conséquences considérables – sera de l’ordre du sensible, de l’émotionnel, du passionnel, et non de la pensée. Il ne s’agit pas de nier l’importance et la réalité de la sensibilité en politique, ni de généraliser (il y a un large fonds électoral de conviction), mais ne pas poser cette question dans une problématique, faire comme si la « foire électorale » était un absolu nécessaire, contribue à entretenir et à figer le fonds d’irrationalité et de passions tristes qui peuvent faire basculer dans la catastrophe. Et pas seulement aux Etats-Unis. »
Nettement plus au sud, en France, les députés se sont réparti les postes de responsabilité avec cette particularité que le RN n’en a obtenu aucun alors qu’il détient, en tant que bloc uniforme, le plus grand nombre d’élus. Le Monde parle, pour lui, d’un échec.
J’ai envoyé cette autre contribution :
« Du point de vue de ceux qu’affectent les slogans politiciens et les passions tristes, le RN apparaîtra comme ce qu’il prétend être, une entité pure de toute combine politicienne et parlementariste. La pertinence de la question « intégrer ou pas le RN dans le fonctionnement de l’Assemblée Nationale » dépend du constat – qui n’est pas fait – que l’idéologie d’extrême-droite (identité nationale gravée dans le marbre et tout ce qui en découle) est le symptôme d’une pathologie collective (repli sur soi mortifère). En d’autres termes, le RN n’est pas un parti politique mais l’expression électorale de cette pathologie qui dicte ses choix stratégiques et tactiques. Ses chefs ne les maîtrisent pas plus qu’ils ne maîtriseront (s’ils sont portés au pouvoir) la machinerie collective de la peur et des angoisses que construit actuellement l’agrégation des petites machines individuelles analogues. »