Journal 62 – l’accumulation des carences – (20/06/2024)

La mort d’Anouk Aimée (18/06/2024) m’a ramené en 1966. Une année remarquable en ce sens qu’elle arriva juste deux ans avant mai 1968 sans que personne ne s’en doute. Même pas moi qui me doute pourtant de beaucoup de choses. C’est dire. En mai de cette année-là, je suis allé voir comme beaucoup de monde Un homme et une femme, le film de Claude Lelouch. Je suis sorti de la salle très énervé, avec presque l’envie de jeter un pavé dans l’écran – presque, parce que je rappelle que mai 68, c’est deux ans plus tard.  J’ai fait part de cet énervement à un collègue surveillant – on disait « pion » pour souligner l’importance et l’intérêt de ce travail – qui m’a conseillé d’aller voir un western qui sortait au même moment et dont le titre était Pour une poignée de dollars. Et là… Après coup, je me demande s’il n’y a pas un rapport avec mai 68.  Je pense au violent désir d’un quelque chose que suscite ce type sans nom (joué par Clint Eastwood) qui n’a l’air de rien, enfin presque rien, là, sur sa mule, et qui tire plus vite que son ombre sur ceux qui ont l’air de tout. Ah,  Ramon (Gian Maria Volonte) et le coup de la plaque en fer ! Si vous vous demandez ce que c’est que la jubilation, regardez ça.

L’accumulation des carences. C’est le titre de l’article. Le rapport avec ce qui précède est celui du verre de champagne avec la grisaille qu’il rejette surtout quand elle est sombre. Et là, aujourd’hui…

Je viens de lire dans Le Monde une tribune de deux historiens qui montrent l’aveuglement de Serge Klarsfeld (son père fut assassiné à Auschwitz et il mena une traque incessante contre les nazis) relativement au RN qu’il qualifie de « parti projuif » et pour lequel il votera s’il s’agit d’empêcher l’élection d’un député LFI (une composante du Nouveau Front Populaire).

J’ai déjà expliqué ici en quoi la gauche construit, en particulier pour les législatives, un discours inadéquat. Celui de S. Klarsfeld est une autre illustration des carences d’analyse dont l’accumulation est un constituant du développement de l’idéologie d’extrême-droite. Ne pas construire les problématiques (immigration, identité…) ne peut que nourrir les peurs et l’angoisse.

Ma contribution envoyée au Monde – elle répond notamment à ceux pour qui le soutien apporté par LFI aux Palestiniens participe de et alimente l’antisémitisme :

 « Cette tribune pose le problème essentiel : la discrimination de l’étranger au nom d’une identité mythique finit toujours par revenir au bouc émissaire historique que sont les juifs. De ce point de vue il est inadéquat de mettre en parallèle les dérives conjoncturelles (imbéciles, au sens premier = faibles) par exemple de certains membres de la LFI et la nécessité existentielle – signe d’une pathologie – de xénophobie et de racisme. L’extrême-droite est l’expression électorale de cette pathologie collective.  L’absence d’un discours sur les « bénéfices », pour les deux parties, de la pérennité du conflit Israël/Palestine (80 ans) facilite les réactions épidermiques qui conduisent à voter avec ses passions plutôt qu’avec sa pensée. »

Vu la sombre grisaille annoncée, je vais commander du champagne.

Et si vous en avez la possibilité, écoutez l’interprétation (enregistrée en direct) de la 8ème de Bruckner par Günter Wand dirigeant l’orchestre philharmonique de Munich.

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