Journal 48 – la drogue – (14/05/2024)

Il y a (au moins) un discours de Platon – je ne sais plus lequel – dans lequel Socrate fait la remarque suivante : quand il s’agit d’une question technique, on interroge un spécialiste [ ainsi – je ne suis pas sûr que ce soit son exemple, peu importe – pour construire une maison, on demande l’avis de l’architecte], mais quand il s’agit de la gestion des affaires de la cité, autrement dit, et au sens strict, de la politique, tout le monde s’estime compétent.  

On peut élargir le champ jusqu’à à peu près tout ce qui n’est pas à proprement parler de l’ordre de la technique, et encore. Ce qui s’exprime en l’occurrence ce sont des opinions qui n’aiment rien tant que le zinc du Café du commerce. Le dialogue (et d’abord l’écoute) implique donc l’évacuation des seules opinions en tant qu’objets d’échange et un accord sur la nécessité de construire des problématiques.

Le Monde  (14/05/2024) publie une tribune de Patrick Lefas, responsable français de l’ONG Transparency International France. L’objet de l’article concerne le trafic des stupéfiants.

Je passe sur les informations qui sont globalement bien connues, à savoir que ce commerce concerne des dizaines de milliers de personnes et met en jeu plusieurs milliards d’euros.

C’est la conclusion qui est intéressante :   

« La France ne gagnera pas la guerre contre le narcotrafic sans mener la bataille contre la corruption et le blanchiment, et sans la mobilisation conjointe de sa police, de sa justice et de son renseignement financier. »

Celui qui parle ainsi est donc un spécialiste dans un domaine particulier – l’ONG s’occupe de corruption – et il aboutit à une conclusion d’un problème qu’il n’a pas posé, une conclusion qui ressemble fort à une tautologie (dire deux fois la même chose comme s’il s’agissait de propositions différentes) = on ne gagnera pas la guerre sans les armes qui permettent de la gagner. Nous sommes d’accord, c’est préférable.

Je formule ainsi le problème non posé, dans une contribution (publiée) :

«  Autre manière de poser le problème : il ne s’agit pas de gagner (ou de perdre) la guerre, mais de l’éviter en construisant la problématique de la « drogue », autrement dit des béquilles de tous ordres dont l’homme a besoin, qui contient la manière d’en déterminer les conditions de production et d’utilisation. »

Ici, la drogue n’est que l’expression d’un autre chose – juste évoqué dans la contribution. Est-il besoin de rappeler que le seul traitement des symptômes, ici comme ailleurs, ne peut conduire que dans une impasse ?

La question que posent cet article et sa conclusion est celle de l’ONG (pas seulement celle-ci, mais en général) en tant qu’ « évacuateur de problématiques ». Comme si, relativement à l’exemple du préambule, l’architecture n’impliquait pas la prise en compte de l’environnement, jusqu’à la reconnaissance même de la non-pertinence de la construction envisagée.

Laisser un commentaire