Journal 34 – Gaïa – (02/04/2024)

A propos de certains problèmes, je me dis  : ou bien c’est moi ou bien c’est eux.  Je vous laisse le soin de remplir la case « c’est ». Un indice : ça à voir avec la compréhension, les connexions neuronales, les synapses, toute la machinerie cérébrale… Je n’en dis pas plus.

Il s’agit de Gaïa, comme le précise la précision, là, juste au-dessus. Plus précisément de ce qui est appelé « Hypothèse Gaïa », HG, pour les fans.

Ce qui me fait m’interroger (cf. première ligne) c’est que cette HG est qualifiée par les fans en question de « révolution copernicienne », et là, j’ai beau attendre d’être tout à fait bien réveillé (je me lève tôt de bonne heure comme je n’ai pas besoin de le rappeler),  je ne vous raconte pas les tasses de café, je n’arrive pas à comprendre en quoi c’est une révolution et encore moins copernicienne.

Vous comprenez mieux maintenant mon dilemme.

Un mot pour rappeler que Copernic (15ème/16ème siècles) est l’astronome qui a découvert que ce n’est pas la terre qui est au centre, mais le soleil (ce qu’on appelle l’héliocentrisme). J’y reviens un peu plus loin.

Gaïa, c’est la Terre de la mythologie grecque. C’est elle qui émerge la première du Khaos grec, le début du commencement dont les Grecs ne savaient rien, mais qu’il fallait bien nommer parce que l’homme a une forte tendance à chercher un commencement. J’en ai déjà parlé dans un article intitulé Chaos (orthographe possible, un peu moins grecque que Khaos)) il y a quelques jours.

L’Hypothèse Gaïa est présentée ainsi par Bruno Latour (philosophe décédé récemment, dont j’ose quand même dire que j’avais beaucoup de mal à l’écouter calmement –  cf. article du 3 avril 2020), cité dans une émission que je précise juste après : « La question fondamentale dans la nouvelle cosmologie : l’habitabilité de la planète : comment on l’a rendue habitable comment on la maintient habitable et comment on lutte contre ceux qui la rendent inhabitable. Un mythe et un changement de cosmologie. Gaïa est un terme hybride,  mythologique, politique, scientifique, magnifique, c’est une idée géniale… L’environnement est fait par les vivants. Ls humains industrialisés.  Une histoire pleine de tensions et de contradictions. »

Le contenu de l’ « idée géniale » est développée par Sébastien Dutreuil, chargé de recherche au CNRS, dans son livre Gaïa Terre vivante, Histoire d’une nouvelle conception de la Terre (La découverte) dont il explicitait l’essentiel dans l’émission sur France Culture de Quentin Lafay, le samedi matin 30 mars dernier.

En gros : avant [ l’« Hypothèse Gaïa » proposée en 1974 par le Britannique James Lovelock et la biologiste américaine Lynn Margulis ] la Terre était considérée un lieu qui était par nature habitable par les vivants et les vivants ne faisaient que s’adapter aux éventuelles perturbations de cet environnement. Le renversement est total dès lors que vous considérez que ce sont les vivants qui produisent qui construisent et maintiennent l’habitabilité : un ensemble de problèmes scientifiques, politiques, d’attention accordée aux entités de la terre. La vie est dont déterminée par une cascade de réactions qui amènent à une échelle globale.

Sans entrer dans les détails, ce dont il est question, c’est du rapport entre l’action des vivants (particulièrement l’être humain) et la planète, son état, son évolution, et dans tous ses aspects.

Tous les scientifiques ne sont pas d’accord avec cette thèse, récupérée par le mouvement New Age (années 1970) pour en faire un ésotérisme plus ou moins religieux.

S. Dutreuil explique en outre que J. Lovelock était consultant de Shell (hydrocarbures), de DuPont de Nemours (chimie) de la Nasa et qu’il n’était pas partisan de supprimer les CFC, les chlorofluorocarbures responsables du trou de la couche d’ozone.  Quelques contradictions, donc.

Le problème, vous ne l’avez pas oublié, est celui de la révolution copernicienne que serait l’Hypothèse Gaïa.

Alors : si l’héliocentrisme, découverte de Copernic, invalide une théorie (la Terre ne peut être qu’au centre puisqu’elle est créée par Dieu pour l’homme) il ne touche pas à l’expérimentation humaine – nous continuons sans la moindre gêne de dire que le soleil se lève et se couche – mais concerne la conception que l’homme se fait du monde.

En revanche, l’Hypothèse Gaïa, rencontre cette expérimentation : ceux qui ont cultivé un jardin – potager notamment – connaissent le rapport interactif entre l’action de l’homme et celle de la « nature ».  

La thèse de Lovelock (à entendre S. Dubreuil et compte-tenu des contradictions de l’homme, je le soupçonne d’une bonne dose d’humour… anglais, ou de cynisme), discutée au point que le terme Gaïa n’est plus repris, hisse la théorie au niveau de la planète et propose donc une problématique intéressante, oui, mais en quoi est-ce une révolution, qui plus est copernicienne ?

Ce que j’entends dans le discours de l’ « idée géniale », c’est l’expression d’une nouvelle forme– élaborée, colorée de philosophie – du déni de la problématique essentielle de l’espèce humaine.

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