Apologie de Socrate (1)

Apologie de Socrate est l’intitulé d’un texte écrit par Platon vers 396 avant notre ère. Il faut le comprendre dans le sens plaidoyer prononcé par Socrate pour sa défense dans le procès qui, en 399, aboutit à sa condamnation à mort et à son exécution.

S’il n’en est pas le verbatim (le discours réel), s’il est une construction de Platon, si le procès n’eut pas pour ses contemporains l’importance qu’il a pour nous, autrement dit si nous ne le regardons pas avec les mêmes yeux,  le texte platonicien qui en rend compte n’en propose pas moins la problématique de la démocratie dont nous ne savons toujours pas ce qu’elle est.

J’ai expliqué (cf. Le commun aujourd’hui – 23/11/2025) la différence majeure d’analyse entre Platon et nous : pour lui, ce procès est cohérent avec la démocratie qu’il faut donc rejeter comme système politique, alors qu’il est pour nous l’expression d’une contradiction, en ce sens qu’un procès pour « délit de pensée » ressortit aujourd’hui à la dictature, contradiction d’autant plus forte qu’Athènes est pour nous, comme elle l’était pour Platon,  la cité créatrice de la démocratie.

La différence de perception du procès importe finalement peu au regard d’un invariant humain qui explique pourquoi ce texte nous intéresse 2500 ans après son écriture.

L’Athénien des 5ème et 4ème siècle n’est pas essentiellement différent de qui nous sommes aujourd’hui, même si le cadre structurant est autre :  Athènes, comme les autres cités grecques, était régie par un système théocratique : la distinction entre religieux et profane n’existait pas, la vie collective et privée se déroulait tout entière sous l’œil des dieux. Je dis que ce n’est pas décisif en ce sens que nous ne sommes pas sortis de ce cadre, non seulement du fait de la mémoire – la laïcité est un fait récent, français, qui suscite toujours des controverses chez les autres et chez nous – mais du fait de la persistance et du religieux dans nos démocraties (notamment le fondamentalisme qui rêve de théocratie) et de régimes théocratiques.

J’ai plusieurs fois souligné ici le constat de cette constance humaine dans la construction du rapport avec l’autre et l’objet selon les mêmes paramètres de violence et d’accumulation.  Il n’est pas inutile de rappeler que, dans le cadre de la philosophie qui nous sert de références plus ou moins ambivalentes – Kant, Hegel, Nietzsche, Marx, Heidegger… – et non malgré elle,  les hommes ont dans le même temps de son écriture pratiqué le trafic d’esclaves, exterminé des peuples autochtones, se sont massacrés par millions dans les deux guerres mondiales du 20ème siècle et, pour la première fois dans l’histoire humaine, ont construit des camps d’extermination humaine industrielle. À l’heure où j’écris ces lignes, les guerres sont toujours permanentes avec leurs lots de massacres, de tortures, de destructions.

Au 5ème siècle, Athènes qui avait construit un empire ne se comportait pas autrement avec ceux qui contestaient son hégémonie.

Je propose donc de lire l’Apologie de Socrate en tant qu’œuvre contemporaine.

* Je l’ai enseignée et traduite – en partie – dans des classes de premières et terminales, jusqu’au jour où j’ai décidé de la traduire intégralement de manière à pouvoir la lire sans la traduction de l’édition bilingue. J’ai donc calligraphié le texte que j’ai fait relier.

La première photo est celle du livre, La seconde est celle du dessin effectué par mon fils reproduisant une statue (supposée) de Socrate. La troisième celle de la page-titre « Platôn – Apologia Sôcratous ». La quatrième la première des 108 pages du livre.

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