L’avant-dernière scène est à la fois comique par son côté burlesque,
Philaminte
L’époux que je lui donne
Est Monsieur.
Chrysale
Et celui, moi, qu’en propre personne
Je prétends qu’elle épouse, est Monsieur.
Le Notaire
Deux époux !
C’est trop pour la coutume.
et dramatique par l’enjeu : le mariage d’Henriette dépend d’un rapport de force qui tourne mal pour elle,
Philaminte
Et moi, pour trancher court toute cette dispute,
Il faut qu’absolument mon désir s’exécute.
Henriette et Monsieur seront joints de ce pas :
Je l’ai dit, je le veux : ne me répliquez pas ;
Et si votre parole à Clitandre est donnée,
Offrez-lui le parti d’épouser son aînée.
Chrysale
Voilà dans cette affaire un accommodement.
Voyez, y donnez-vous votre consentement ?
L’écroulement du père a ceci de particulier, qu’il se produit juste après l’intervention de Martine à laquelle Molière donne une double fonction : son langage fleuri s’oppose à la préciosité du langage des femmes savantes et, sous couvert du bon sens populaire, la caricature comique de sa louange du patriarcat permet de comprendre leur révolte :
« Ce n’est point à la femme à prescrire et je sommes
Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.
(…) Mon congé cent fois me fût-il hoc, [donné de manière certaine]
La poule ne doit point chanter devant le coq.
(…) Si j’avais un mari, je le dis,
Je voudrais qu’il se fît le maître du logis ;
Je ne l’aimerais point, s’il faisait le jocrisse [stupide]
Et si je contestais contre lui par caprice,
Si je parlais trop haut, je trouverais fort bon
Qu’avec quelques soufflets il rabaissât mon ton.
(…) L’esprit n’est point du tout ce qu’il faut en ménage ;
Les livres cadrent mal avec le mariage ;
Et je veux, si jamais on engage ma foi,
Un mari qui n’ai point d’autre livre que moi… »
Molière rythme ce discours qui n’est pas le sien par les seules approbations fortes et répétées de Chrysale que le propos de sa servante ridiculise – il est la figure inverse du portait qu’elle peint – une manière de souligner l’inadéquation des discours des uns et des autres relativement au droit de la jeune fille de choisir qui elle veut épouser : à cet instant, Henriette, lâchée par son père, est perdue.
La nouvelle manifestation de l’idée fixe de Bélise qui clôt la scène rappelle que le récit est une comédie, et le dénouement, heureux, est, comme souvent chez Molière, apporté par le deus ex machina (la divinité venant défaire le nœud compliqué d’une intrigue dans le théâtre antique) incarné par le personnage d’Ariste – le meilleur.