La mort d’un homme

Pas n’importe quel homme.

« Quentin Deranque est lui-même passé par l’Action française et fait partie du groupuscule néofasciste Allobroges Bourgoin. Habillés de couleur sombre et dotés de cagoules ou tours de cou noirs, les hommes se retrouvent à 400 mètres de l’Institut d’études politiques (IEP) lyonnais [où la députée LFI Rima Hassan doit tenir une conférence et devant lequel manifeste Némésis, collectif identitaire d’extrême-droite se réclamant du féminisme] au bout d’un long tunnel ferroviaire, dans le 7e arrondissement. (cf. Médiapart).

Quand je dis « pas n’importe quel homme », je dis qu’il se trouvait là pour une action physique violente possible  : « Némésis a admis avoir demandé à des « copains » de venir « surveiller un peu de loin » leur action, de manière « bénévole ». (id.)

Autrement dit : une rencontre (dialogue) dans l’IEP est contestée par un mouvement qui manifeste et sollicite des « gros bras » dont elle pourrait avoir besoin. Des gros bras repérables par leur accoutrement et qui connaissent le risque de croiser, surtout près du lieu où se tient la rencontre, des membres de mouvements radicalement opposés qui, peut-être, les cherchent pour un affrontement parce qu’ils sont informés de leur présence.

Donc, un homme qui prend la décision de s’engager dans un processus possible de violence déclenché par un groupe dont il partage l’idéologie. Dans ce genre de situation, l’histoire nous rappelle qu’il existe un autre type de scénario.

La question n’est donc ni théorique ni affaire de sentiment : je suis hostile à toute violence physique politique et je ne me réjouis aucunement de la mort de ce jeune homme.

Mais pour quel type d’action était-il venu là où il a été agressé ?

La décision qu’il a prise est constitutive de cette problématique :

– quand l’extrême-droite proclame l’existence d’une identité nationale gravée dans le marbre avec son corollaire « préférence nationale » , elle enclenche le processus de la violence de discrimination et d’appel à l’exclusion ;

– et quand le pouvoir politique exécutif et législatif ne rejette pas cette proclamation en montrant qu’elle ne repose sur aucune autre réalité qu’idéologique et politicienne, non seulement elle signifie sa validation tacite, mais elle incite à l’expression de violences réactives.

En ignorant cette problématique, les protestations et attristements politiques officiels de tout bord, sincères ou hypocrites, ne peuvent que contribuer au processus de la violence qu’elles prétendent dénoncer

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