Je suis très énervé (suite)

Toujours à propos de l’Œdipe Roi d’Eddy D’Aranjo qui met scène non la tragédie de Sophocle dont il a pris le titre, mais sa propre pièce. Je ne connaissais pas encore le compte-rendu du Monde auquel je suis abonné –version numérique, économie d’arbres oblige, quoique une heure sur Internet…  mais comment fait-on ?  –, compte-rendu dithyrambique, sous le titre « Le théâtre pour en finir avec l’inceste » et le chapeau « Eddy d’Aranjo met en scène Œdipe Roi et livre un spectacle phénoménal inspiré de la pièce de Sophocle. »

Écrire que le théâtre a pour objet d’en « finir avec » (quoi que ce soit) est doublement contredit par l’événement théâtral qui est censé en être l’illustration : si Œdipe Roi a pour objet l’inceste, Sophocle s’est lourdement planté puisqu’il me semble bien que nous n’en avons toujours pas fini avec (l’inceste), et si l’objet n’est pas l’inceste, c’est alors E. D’Aranjo qui se plante en reprenant le titre. La journaliste aussi.

Elle pose cette question qui concerne les incestes commis dans la famille du metteur en scène : « Quand et comment l’inceste cessera-t-il d’être perpétué, puisqu’il est établi qu’il n’y a jamais un seul cas au sein d’une même famille ? » Remarque qui invalide le sens prêté à la pièce de Sophocle puisqu’il n’y a qu’une seule relation incestueuse, qui plus est non vécue comme telle.

Et elle ajoute : « Pour éviter que je couche avec ma mère, il faudrait qu’elle soit morte », constate en substance l’Œdipe de Sophocle dont la figure apparaît tard dans la pièce. »

Je ne sais pas si elle a lu la pièce, mais, pour en finir avec les contresens, Œdipe ne dit ni ne constate rien de tel, en substance ou pas. Il dit – après que Jocaste s’est pendue – : « Si j’étais mort à ce moment-là [quand, juste après sa naissance, il a été abandonné sur le Cithéron], je ne serais ni pour moi ni pour les miens une telle affliction (…) Je ne serais pas devenu le meurtrier de mon père et pour les mortels je n’aurais pas eu le nom d’époux de celle dont je suis né. » (1354>1359)

La problématique de la pièce de Sophocle n’est pas l’inceste – le meurtre du père et l’union avec la mère ne sont pas de l’ordre du fait divers, et la lecture psychanalytique ne tient pas (cf. les articles) – mais le rapport à l’oracle sans la consultation duquel il n’y a pas de tragédie. (id.)

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