Remarque sur l’analyse de Johann Chapoutot

Johann Chapoutot, professeur d’histoire à Sorbonne Université (auteur de Les irresponsables  = qui a porté Hitler au pouvoir ?) était l’invité des Matins de France Culture ( 05/02/2026 – 7 h 40 / 8 h 20).

Il explique le plan élaboré par la droite allemande des années 1930 en Allemagne, à savoir se raccrocher au parti nazi dont il dit qu’il était en décrochage spectaculaire aux élections législatives de 1932, les dernières avant la nomination d’Hitler en janvier 1933. Il précise que l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir n’est jamais le résultat du suffrage universel, mais qu’il faut un calcul politicien.

Si je partage sa problématique politique/électorale, reste que l’expression du suffrage universel allemand auquel il se réfère (novembre 1932) me semble ne pas correspondre au décrochage spectaculaire dont il parle :  si le NSDAP (parti d’Hitler) avait perdu 2 millions de voix (4%) depuis les élections de 1932, il était néanmoins arrivé en tête 11 737 000 voix (33%), et l’autre parti d’extrême-droite (DNVP) avait en avait obtenu  près de 3 millions (plus de 8%) – ce qui explique en partie la perte nazie :  ce qui veut dire que l’extrême-droite totalisait plus de 41% des voix (14,696 000), alors que la gauche (parti social-démocrate, parti communiste) rassemblait 13 228 000 voix (37,29%).

S’il est vrai qu’Hitler n’a pas gagné les élections de 1932, s’il est vrai que sa nomination est le résultat d’un calcul politicien, il n’en reste pas moins que l’opinion générale allemande, dans sa majorité électorale relative, oui, mais majoritaire – et où penchait exactement la diversité électorale des nombreuses autres formations politiques ?  – était acquise à l’idéologie d’extrême-droite, ce qui revient à dire qu’il faut prendre en compte le rapport entre cette réalité et la possibilité du calcul politicien dont le résultat n’a pas produit une réaction massive de protestation.

En d’autres termes : le suffrage universel n’est qu’une expression des diverses strates qui nous composent et dont les plus sombres peuvent émerger quand la pauvreté du peuple – dans le sens de la formation à la pensée politique, à la construction de problématiques, dont l’indigence est manifeste aujourd’hui comme elle l’était hier –  laisse la parole à la simple opinion publique.

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