C’est l’objet d’un article publié sur le site de Mediapart par Stéphanie Lamy, chercheuse, spécialiste des guerres de l’information et militante féministe.
« Lors d’un tractage aux municipales lyonnaises, un soutien politique s’est publiquement revendiqué « masculiniste » face à une femme candidate. Cette auto-désignation, rendue possible par la circulation médiatique récente du terme, marque un seuil : le masculinisme n’est plus seulement analysé ou dénoncé, il devient un outil électoral mobilisable sans coût politique immédiat. (…) Le fait qu’un acteur de campagne se revendique publiquement « masculiniste » marque un franchissement de seuil. (…) les masculinismes sont désormais perçus comme suffisamment intelligibles et socialement tolérables pour être assumés en tant que marqueur partisan. (…) Cette dynamique signale moins une radicalisation soudaine qu’un opportunisme stratégique : celui d’un champ politique prêt à tolérer, voire à instrumentaliser, des discours de haine afin de grappiller des voix, au prix d’une banalisation accrue des idéologies masculinistes de la propagande que les milieux radicaux produisent et des violences fondées sur le genre qu’elles légitiment. » (passages soulignés par moi)
La revendication « masculiniste » n’est en effet pas anodine. Reste à préciser la nature du « seuil franchi » et à déterminer dans quelle mesure cette revendication est, ou n’est pas, un « marqueur partisan ».
Masculinisme, à la différence de virilisme, est une réaction à féminisme. Autrement dit, il n’y a pas plus de masculinisme sans féminisme qu’il n’y a de xénophobie sans étrangers.
Une réaction à quoi ?
Poser la question, c’est poser la question de ce qu’est la réaction, dans le sens de agir en retour contre.
Qu’est-ce qui suscite l’action-retour contre sinon la perception d’un danger immédiat, plus ou moins confusément perçu comme vital ?
Par exemple : Balzac, effrayé par ce qu’il avait expérimenté et compris du capitalisme naissant, réagit par la valorisation, non sans beaucoup d’ambivalence – il était tout sauf naïf – des valeurs d’avant. D’une certaine manière, c’est aussi la position de Flaubert, la désillusion et l’amertume en plus. A l’inverse, Marx est la figure du rejet de la réaction qu’il combat.
En quoi le féminisme peut-il être perçu comme une menace vitale au point de susciter en réaction le masculinisme ?
D’abord en tant qu’il remet en cause une prétendue « normalité », un « naturel » gravant dans le marbre les rapports (de domination) homme/femme.
En tant aussi qu’il est un des signifiants du triptyque Liberté Égalité Fraternité dont il indique – là est le danger vital – qu’il n’est pas l’affirmation de valeurs (morales), mais d’un triple principe qui renvoie à la spécificité humaine. (cf. articles « Le commun aujourd’hui »). C’est le déni (à gauche comme à droite) de cette spécificité qui est au cœur des violences, dont le masculinisme est un des marqueurs.
C’est en quoi, sous les apparences politiciennes qu’il peut revêtir, il est, à mon sens, non pas « moins », mais « plus » le signe d’une « radicalisation » qu’un « opportunisme stratégique ».