Le malaise Maduro

En-dehors de l’ensemble des questions liées à la violation du droit international, se pose celle de l’ambiguïté de Maduro en tant qu’emblème – comme Chavez, Morales, Castro etc.  –  de la révolution de « type socialiste-communiste » dans les Amériques, du Sud (Bolivie, Pérou…) et caribéenne (Cuba).

L’ambiguïté – elle explique les « oui, mais » des critiques en demi-teinte de l’agression états-unienne – tient au hiatus – entre les objectifs et le réel – qui produit le « mais, oui » de la critique en demi-teinte de la mise en œuvre politique révolutionnaire.

L’idéal – dans la multiplicité de son sens – de la gauche révolutionnaire est l’instauration d’une société fondée sur l’égalité et la justice sociales via la disparition de l’exploitation capitaliste, compliquée, pour les Amériques dont je parle, de la dimension coloniale et impérialiste.

Le succès et la popularité de Chavez – d’origine très modeste – ont été liées à la politique, promise et réalisée dans un premier temps, de redistribution des richesses produites par l’exploitation du pétrole.

Ensuite, ça ne marche pas.

L’histoire chaotique des années Chavez, puis Maduro – changements de constitution, tentatives de coup d’État, régime policier, mainmise de l’armée sur l’économie etc. – produit un exil massif, la pauvreté, la dictature.

S’il est très lourd, le poids de l’opposition capitaliste, interne et externe, ne suffit pas à expliquer l’échec économique – le pays avait des relations économiques avec la Russie, l’Iran, la Turquie, notamment – et, surtout, politique – la dernière élection de Maduro est un vol.

Le décalage entre le discours politique de liberté et d’émancipation (cf. la référence à Simon Bolivar) et la constitution d’une caste pour l’exercice du pouvoir réel exclut l’argument du soutien populaire dont l’absence manifeste explique pour une part la possibilité de l’agression états-unienne.

Le crève-cœur pour la gauche – problématique du commun – est là : pour condamner l’agression il n’est pas possible d’associer au principe du droit l’intérêt du peuple vénézuélien.

Ce sera la même chose pour Cuba si l’agression se reproduit.

Les conditions de vie y sont très difficiles pour ne pas dire catastrophiques, et si le blocus des USA a pesé et pèse lourd, il n’est pas la cause essentielle, comme pour le Venezuela… comme pour l’URSS et les « démocraties populaires ».

L’absence de la problématique du commun à l’échelle planétaire produit in fine cette situation à proprement parler renversante d’un président enlevé de force dans son pays par l’armée d’un pays étranger, traduit devant un tribunal de ce pays pour une accusation lancée par le seul kidnappeur, alors que ce même kidnappeur (D. Trump) rencontre chez lui, un autre chef d’État agresseur (V. Poutine) contre lequel a été lancé un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre.

Même ceux qui applaudissent à ce qui ressemble à un blockbuster ne sont pas épargnés par l’absurdité du monde actuel.

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