R. Arenas publie sur le site de Mediapart une tribune sur le Chili.
Extraits : « Cette défaite ne tombe pas du ciel. Elle est le produit d’un processus politique précis : celui des renoncements. (…) la gauche au pouvoir a fini par se présenter comme une prolongation aménagée plutôt que l’alternative qu’elle se rêvait d’être. (…) quand l’espoir fait place à la déception, ce ne sont pas les forces progressistes qui en profitent. C’est toujours l’extrême droite. (…) La gauche ne perd pas seulement quand elle est attaquée, elle perd surtout quand elle renonce à être elle-même. »
Ma réponse :
« Le 11 septembre 1973 a été pour moi un traumatisme – je suis plus âgé que vous – et il l’est encore. Nous sommes vous et moi du même côté. Et pourtant, nous n’avons pas la même conception de ce qu’est « la gauche ». Vous dites » La gauche ne perd pas seulement quand elle est attaquée, elle perd surtout quand elle renonce à être elle-même.« Que recouvre votre « elle-même » ? Dans le temps de l’union populaire du Chili, la gauche était unie en France. Le parti socialiste et le parti communiste avaient scellé une alliance politique en signant un programme commun de gouvernement (1972) Et nous étions très attentifs à ce qu’il se passait au Chili, conscients des difficultés que nous rencontrerions si nous parvenions au pouvoir. La PS et le PC étaient de gauche, l’un réformiste, l’autre révolutionnaire. Quand, après la rupture de l’alliance politique, F. Mitterrand a été élu, sa victoire a été unanimement décrite comme celle de la gauche et, très vite, dès 1982, les choix politiques n’ont plus été ceux qui avaient été annoncés. Pourtant, la gauche, en l’occurrence socialiste, a remporté d’autres victoires électorales, jusqu’en 1995. Était-elle « elle-même » pour autant ?
Il manque dans votre analyse ce qui constitue non la gauche incarnée par les partis, mais ce qui en est l’essence, à savoir la construction de problématiques.
De ce point de vue, je dirai qu’utiliser comme vous le faites, l’expression « terrorisme islamique » – comme tout le monde, jusqu’à l’extrême-droite – n’est pas adéquat, parce qu’il s’agit d’une simple étiquette qui n’explique rien. Et coller une étiquette pour évacuer une analyse n’est pas, de mon point de vue, une démarche de gauche.
Ce qui me semble l’être, en revanche, c’est expliquer en quoi ce qu’on appelle « terrorisme islamiste » est né à la fin des années 80 / début des années 90, au moment de l’implosion de l’URSS, en même temps que le nouveau développement de l’idéologie d’extrême-droite.
Une problématique, donc de gauche, consiste à expliquer que ces crimes de masse, le plus souvent suicidaires, qui défient toute rationalité, sont des crimes de désespérance, autrement dit une expression – de même nature pathologique que l’idéologie d’extrême-droite – du désarroi planétaire qui s’est levé quand a disparu l’hypothèse même d’une alternative au système capitaliste.
Je vous ai adressé le même type de critique à propos de cette phrase de votre article sur la laïcité « la spiritualité laïque n’était pas une religion de remplacement, mais une exigence morale » dont je dirai qu’elle est tout, sauf de gauche. »