À qui la faute ?

Tel était l’intitulé de Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut, ce samedi 15/11/2025.

Je précise qu’il n’y a longtemps, même très longtemps que je ne l’écoute plus. La raison essentielle est ce que j’appellerai sa tendance, sinon son obsession, à toujours vouloir ramener l’objet de la discussion dans le cadre de ce qui n’est pas à proprement parler une analyse philosophique, mais une idéologie, celle, pour faire court, du « tout fout le camp  » qui fournit la réponse avant le questionnement (*voir un peu plus loin).

En cette fin de matinée, je consultais sur mon ordinateur les programmes de France Culture, et je suis tombé sur l’intitulé « À qui la faute ? ».

Parler de « faute » n’est pas anodin. Je préfère responsabilité. Faute est peut-être plus accrocheur… Pourquoi pas ?

Deux invités :

– Paul Gasnier, auteur de La collision (Gallimard), livre dont l’objet est l’accident provoqué par un jeune homme qui s’amusait à rouler sur la roue arrière de la moto qu’il conduisait sans permis et après avoir consommé du cannabis. Il s’appelle Saïd – né en France,  issu d’une immigration marocaine – et la victime, morte une semaine plus tard, était la mère de Paul Gasnier.

– Chantal Delsol, philosophe, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, dont la biographie (Wikipédia) précise qu’elle est « libérale-conservatrice » et éditorialiste à Valeurs Actuelles – revue classée à l’extrême-droite.

Au début du débat, le problème de l’ »empêchement » lié à l’absence d’interdits chez le jeune Saïd, avec la référence à la formule de Camus (dans Le premier homme) à propos d’un assassinat épouvantable : « Un homme, ça s’empêche. »

Que dit Ch. Delsol ? Elle constate que les prisonniers les plus nombreux en France sont d’origine maghrébine, donc que c’est un problème de culture, que chez ces immigrés le garçon est « le roi de la piste » – elle reprendra cette formule qu’elle aime bien – alors que la fille est au contraire tenue dans des contraintes. Et, comme illustration de ce qu’elle présente comme une vérité d’évidence, elle cite le cas, pour elle exemplaire, de Rachida Dati dont les deux frères sont, dit-elle, des délinquants emprisonnés.

Là, je me dis que ces propos vont susciter une réaction du philosophe qui plus est très au fait de l’actualité. Mais non, rien.

Pourtant, il me semble qu’une première question aurait pu être posée quant à la valeur du constat de la surreprésentation carcérale présentée comme l’explication : relativement au nombre de Maghrébins vivant en France, quel est le pourcentage d’incarcérés originaires d’Algérie, du Marco et de Tunisie ?

Selon l’INSEE il y a en France 7,7millions d’immigrés, dont 950000 Algériens, 900 000 Marocains et 380 000Tunisiens, soit 2 230 000 millions de Maghrébins. Selon le ministère de la justice, il y avait en prison (décembre 2024) 97000 personnes, dont 44 600 maghrébins, soit 2% de la population maghrébine.

Question, donc, à Ch. Delsol :  si la cause de l’absence d’empêchement – dont Saïd est un exemple – est liée à la culture du « garçon roi de la piste » pourquoi n’y a-t-il pas plus d’emprisonnés ? Petites questions subsidiaires : dans quelles conditions culturelles ont été « accueillis » les immigrés de la première génération ? Et quel discours global d’enseignement est diffusé aujourd’hui dans l’école ?

Deuxième question : est-ce que R. Dati n’est pas sous le coup d’un procès pour trafic d’influence ?

Ensuite, le problème du châtiment. Saïd a été condamné à 4 ans de prison. P. Gasnier n’a pas fait appel.

A. Finkielkraut dit « moi j’aurais fait appel » au motif – et il invoque Simone Weil en estimant utile de préciser qu’elle n’est pas une « philosophe Bolloré » – qu’ « une peine insuffisamment sévère est insuffisamment éducative. »

* C’est là l’exemple que j’annonçais au début de l’article : A. Finkielkraut est philosophe, il connaît l’état du système pénitentiaire, la surpopulation carcérale et le constat mille fois établi, non seulement de l’inefficacité éducative de l’incarcération, mais encore de son impact délétère…  et malgré cela, qu’il connaît, sa réaction – elle n’est pas spontanée, il a lu le livre et préparé son émission, – est le renvoi quasiment viscéral à ce mythe d’une société où n’aurait pas existé pas le laxisme d’aujourd’hui qu’il invoquera un peu plus tard. La manière dont il en parle semble indiquer que c’est une autre de ses obsessions, qui est aussi celle de l’ex-ministre B. Retailleau, invoquant lui aussi le laxisme à propos de l’assassinat par un élève d’un lycée de Nantes d’une autre élève par plus de quarante coups de couteau.

Enfin, s’agissant de la problématique de la responsabilité, si « libre-arbitre » a été prononcé [ « Quand il n’y a plus que des déterminismes, ça ne va pas du tout. Il a son libre-arbitre » dit la philosophe Chantal Delsol à propos de Saïd, sans que le philosophe Alain Finkielkraut ne la reprenne], je ne suis pas sûr que « liberté » l’ai été.

Et pourtant, l’un et l’autre philosophes, ont lu Spinoza.

Mais lui n’a pas les réponses avant les questions.  

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