L’avenir glorieux de N. Sarkozy

L’image habituelle du condamné de droit commun est celle de la dissimulation et du profil bas.

N. Sarkozy, condamné pour association de malfaiteurs à cinq ans de détention, est parti pour la prison de la Santé en saluant d’une main le millier de ses supporters mobilisés « au nom de l’amour » par les trois fils du condamné,  l’autre tenant celle de son épouse.

Les dix ans de procédure, les nombreux juges d’instruction et l’impressionnant dossier sont impuissants face à ce que j’appelle la mort du discours :  N. Sarkozy affirme qu’il est victime d’un acharnement judiciaire – dicté par la haine, dit-il – donc le jugement est d’ordre politique, donc il est innocent, et peu importent les faits. Qu’il ait déjà été condamné et qu’il risque de l’être encore viendra conforter cet a priori. « Vous voyez bien ! », dira-t-il.

Le plus grave et significatif (on verra de quoi) est que le président de la République et le ministre de la Justice apportent leur caution, le premier au nom de l’amitié en recevant à l’Élysée le condamné quelques jours avant la date connue de son incarcération, le second en annonçant qu’il ira le visiter en prison pour s’assurer de sa sécurité – il est sûr que seul dans une cellule confortable et sans contacts avec les autres détenus, N. Sarkozy court de grands dangers.

Significatif de quoi ? Du glissement progressif vers la mise en cause de l’État de droit dont le RN et M. Le Pen, condamnée elle aussi, font régulièrement le procès en utilisant le même prétexte d’acharnement judiciaire haineux. Si son procès en appel confirme le jugement, elle dira  « Vous voyez bien ! »

La question que pose le fait qu’un tel renversement soit possible, donc audible, concerne ce qui dans la tête humaine aujourd’hui ouvre les vannes de l’impensable – je prends le mot dans son sens premier : qui n’est pas de l’ordre de la pensée –, vannes que maintiennent habituellement fermées les interdits indispensables à la vie en société et dont le pouvoir exécutif veille à ce qu’ils soient respectés – l’interdit de la contestation politique d’un verdict en particulier.

Si le pouvoir exécutif ne respecte pas lui-même cet interdit, s’il le transgresse, c’est que les verrous qui bloquent les interdits ont sauté, pas seulement en France,  sur l’ensemble de la planète.

Aux USA, les partisans de MAGA se réclament de Jésus (cf. le vice-président J. Vance, les soutiens du mouvement de Charlie Kirk) et D. Trump, lui aussi condamné, fait inculper ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues.  

N. Sarkozy a fait savoir qu’il emportait dans sa cellule une biographie de Jésus et Le comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas.

Jésus est l’agneau victimaire par excellence et Edmond Dantès, emprisonné arbitrairement sous un prétexte politique, réussit à s’enfuir du château d’If avant de se venger des méchants.

À suivre, donc.

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