Le récit de D. Trump, de N. Sarkozy et le dialogue

Marie Boëton, grand reporter au journal La Croix L’Hebdo était invitée de Nicolas Herbeaux (Les matins du samedi – France culture – 27/09/2025).

À propos d’une enquête internationale auprès des jeunes de 16 à 26 ans, elle vient de publier un article intitulé Il nous faudrait un Poutine. Un sur deux de ces jeunes n’est pas convaincu que la démocratie soit un bon système. La plupart de ces 50%, garçons ou filles, hommes ou femmes, de toutes les catégories sociales, est plutôt d’extrême-droite et non diplômée, ne vote pas, ne s’informe pas par les journaux, la radio ou la télé, mais suit des Youtubeurs sur Internet, et considère que les médias et les contre-pouvoirs (syndicats, justice…) sont des entraves à l’action publique.  

Ils souhaitent donc un « homme fort », comme V. Poutine ou D. Trump, qui, s’ il est « à moitié fou » (disent-ils) décide, –  « trois minutes et pam ! » cite la journaliste –  et peu importe la légitimité des décisions prises.

Son constat : ils sont dans l’anxiété, considèrent que la justice sociale dans la démocratie actuelle n’existe pas, et ils ont besoin d’une « protection ». Comme il n’y a pas d’état social de droit (cf. les inégalités, la précarité etc.), ils disent que l’état de droit est une illusion. Elle a parlé avec quatre d’entre eux, dont deux ingénieurs, et a constaté qu’il n’y a pas de dialogue possible. Une des jeunes lui a dit : « Je ne mange pas tous les jours et vous me parler de liberté fondamentale ! » – ce n’était peut-être pas le meilleur angle pour tenter un dialogue.

Si les inégalités, la précarité ne constituent pas un fait nouveau, l’absence d’alternative au capitalisme – confondu ici avec la démocratie – produit depuis trente ans ce rejet de tout ce qui n’est pas  « action directe », comme les décisions de Trump à grands coups de gros stylos.

Le récit du président américain, désinhibé (discours à l’ONU, inimaginable il y a seulement quelques mois), délirant à propos de tout et de n’importe quoi (récemment son conseil aux femmes enceintes de ne pas prendre de paracétamol qui serait cause d’autisme), raconte une histoire « vraie » parce qu’elle s’oppose à celle qui a été racontée jusqu’ici, et qu’elle l’est par un presque octogénaire « vieil homme indigne » aux cheveux teints et au lourd regard méprisant.

La désinhibition caractérise aussi le discours de N. Sarkozy, condamné à la prison : « Ce qui s’est passé aujourd’hui est d’une gravité extrême pour l’Etat de droit, pour la confiance qu’on peut avoir pour la justice. La haine n’a décidément aucune limite. J’assumerai mes responsabilités et s’ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison. Mais la tête haute. Je suis innocent. Cette injustice est un scandale. Ceux qui me haïssent à ce point pensent m’humilier. Ce qu’ils humilient aujourd’hui, c’est la France. »

Propos très grave, surtout si l’on se réfère à la longueur et à la précision de l’instruction, au déroulé du procès (voir les explications invraisemblables sinon provocantes des deux ex-ministres) et au verdict qui, malgré les faisceaux d’évidence, évacue pourtant les accusations « corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne » puisque les preuves matérielles n’ont pas pu être apportées et pour cause – l’argent liquide est aussi utilisé pour ne pas laisser de traces.

A ce propos.  

Au cours du journal de 12 h30 (samedi 27/09/2025) la journaliste Éva Kling commente les réactions hostiles à la juge qui a condamné N. Sarkozy et elle diffuse ce commentaire de Thomas Ménagé, député RN du Loiret qui, s’il condamne les menaces contre la juge, ajoute : « Il y a des magistrats qui font leur boulot avec objectivité, et il y a des magistrats, comme dans tous les métiers, qui sont des mauvais magistrats en l’occurrence puisqu’ils font de la politique ils n’arrivent pas à faire fi de leurs opinions . »

Pourquoi soit cette journaliste, soit celui ou celle qui a recueilli le commentaire du député ne lui demande sur quels faits, quelles déclarations il s’appuie pour dire qu’il s’agit d’un jugement politique ?

Faute du seul récit susceptible de donner une colonne vertébrale au désarroi collectif et particulier – notamment des plus jeunes – , à savoir le récit d’un commun redéfini, s’accumulent les récits du Moi d’abord, du Moi l’Amérique, du Moi la France en tant que préludes au récit du fascisme, à terme, de la guerre patriote.

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