« De » dans le sens latin « au sujet de ».
Depuis des années, France Culture propose entre 10 h et 11 h une émission dédiée à la philosophie. Depuis trois ans, elle est animée par Géraldine Muhlmann, normalienne (Ecole Normale Supérieure) et agrégée de philosophie.
La semaine du 15 septembre, le thème est celui de l’engagement (« S’engager jusqu’où ? ») et l’intitulé de la première émission « Sartre et le fantôme de Nizan ».
Les deux hommes, nés en 1905, se sont connus au lycée Henri IV et ils sont devenus des amis très proches. Admis l’un et l’autre à l’Ecole Normale Supérieure, ils ont obtenu l’agrégation de philosophie. En 1940, Paul Nizan est tué, Sartre fait prisonnier.
Apparemment, G. Muhlmann n’aime pas Sartre.
Là n’est pas le problème.
Il commence ici :
« Nizan est mort au combat en 1940 tandis que Sartre était réformé » déclare-t-elle dans sa présentation.
Les deux invités (Annie Cohen-Solal et Hadi Rizk) protestent en rappelant la réalité.
La présentatrice répond : « J’aime bien me tromper parce que ça permet de remettre les choses à plat ».
En l’occurrence, il ne s’agit pas d’une erreur, mais d’une ignorance difficilement compréhensible pour une spécialiste de philosophie et inadmissible pour l’animatrice d’une telle émission.
Elle poursuit : « Il n’a pas fait la guerre très longtemps. » (Qui, en 1940, a fait la guerre très longtemps ?)
Nouvelle correction apportée par les invités.
Elle insiste : « Vous m’accorderez qu’il n’était pas sur le front aux premières lignes comme Nizan ».
Là n’est pas le plus grave.
Il est ici.
Il concerne la fameuse phrase : « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande. »
Les deux invités commencent à l’expliciter.
Elle intervient alors : « Je suis vraiment désolée. Reconnaissez que le mot libre n’est pas formidable, il aurait mis responsabilité, tourment intérieur, ça aurait été mieux quand même ! »
Quelle que soit la manière dont on tente de résoudre ce paradoxe, ce à quoi il invite, c’est à une réflexion sur le concept de liberté.
Invoquer une maladresse ( !) n’est pas seulement absurde, c’est essentiellement l’expression d’un refus de reconnaître l’objet philosophique ainsi proposé.
Et ça, c’est une disqualification.