Sophocle – Œdipe Roi – 12

Au tout début, les spectateurs avaient vu un Œdipe calme, plein de compassion, sensé, maître de lui et décidé à agir.

Et puis, ils l’ont vu se mettre à délirer dès que Tirésias a ouvert la bouche et constaté qu’il n’y a pas de dialogue possible entre eux, parce qu’Œdipe n’entend pas ce que dit Tirésias et Sophocle utilise le moyen psychologique théâtral de l’orgè pour le signifier.

Son choix du dédoublement à la troisième personne (cf. article 11) indique qu’Œdipe n’est plus identifié comme le criminel désigné par l’oracle et Tirésias, mais qu’il est celui qui trouvera l’homme – andra – (et non le criminel) qu’il cherche depuis longtemps (449).

Il a chargé le chœur d’évacuer l’hypothèse « propension à faire le mal » (dans ce qu’il représente de l’opinion, il y a la tendance à croire à une nature mauvaise), et si c’est le devin qui opère le dédoublement entre le criminel désigné et l’homme enquêteur, c’est pour signifier de manière forte qu’Œdipe est un sujet.

Reste Créon, apparu sur la scène du théâtre en tant que messager de l’oracle.

Il revient après la prestation du chœur dont on a vu qu’elle est un vacillement des certitudes populaires (cf. article 11)

> Deuxième épisode : 513 -> 862

Le premier dialogue (513 ->531) se déroule entre Créon et le Coryphée (Œdipe est rentré dans le palais).

Créon déplore l’accusation de complot lancée par Œdipe ((513->522) et le Coryphée répond qu’elle est sans doute produite « plus par l’orgè que par un jugement réfléchi. » (523,524)

 Créon demande alors « Est-ce qu’il a déclaré hautement cette accusation contre moi d’un regard droit et d’un cœur droit ? » 528,529).

A quoi répond le Coryphée : « Je ne sais pas ; car ce que font ceux qui détiennent le pouvoir, je ne le vois* pas. » (530) *[Le verbe oran indique aussi bien la capacité de voir que l’attention : comme il n’est pas possible de ne pas voir les actes politiques, il faut comprendre : le monde du pouvoir n’est pas dans le champ de l’observation commune et la remarque renvoie au personnage Œdipe-tyran du début de la pièce : je vous demande ce qui se passe mais je suis au courant et j’ai déjà pris des décisions.]

Sophocle, contemporain de Périclès, avait participé au gouvernement de la cité (entre autres, il avait été élu deux fois stratège = commandement militaire) et connaissait donc bien le fonctionnement du pouvoir.

Cette réflexion qu’il met dans la bouche du Coryphée – elle devait faire écho à l’opinion générale d’alors sur la politique (elle est toujours d’actualité) – invite donc à regarder Œdipe qui sort du palais comme le détenteur du pouvoir dont il vient d’être question.

(à suivre)

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