Journal – 15 – Problématique du consentement – (04/02/2025)

Introduire ou non la notion de consentement dans la loi qui définit le viol est l’objet d’un débat qui, comme d’autres (je pense à celui sur l’aide à mourir) révèle la carence de ce qu’on appelle le système éducatif.
Voici la définition actuelle du viol : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco génital commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur est un viol. Il peut être commis par violence, contrainte, menace ou surprise. »
Faut-il ou non ajouter la notion de consentement ? Telle est la question.
Le consentement, c’est quoi exactement ?
Le nom dérive du verbe latin consentire (= être de même sentiment, être d’accord, décider en accord), formé du verbe sentire (= percevoir par les sens, par l’intelligence) et du préfixe cum (= avec).
Consentir, dans un rapport sexuel classique, signifie que les partenaires expriment un accord et que cet accord est perçu par l’un et par l’autre.
Question : comment se manifeste un accord et comment est-il perceptible ?
Il ne s’agit pas du passage devant un notaire ou un maire, c’est-à-dire d’un acte (considéré comme) raisonné – quel qu’en ait été le processus : la décision de signer l’acte raisonné de l’achat d’une maison ou d’une voiture, peut résulter d’un « coup de cœur ».
Il s’agit au contraire d’un acte qui implique le corps dans l’expression de sa forme d’énergie la plus puissante : une pulsion animale dans son sens étymologique [en latin, animal (de anima : l’air, le souffle) désigne l’être vivant en général.]
Alors, sauf à limiter la relation sexuelle à un « plan » décidé à l’avance, un accord explicite qui impliquerait donc un processus semblable aux exemples cités, mais sans la présence d’un tiers, reste la question déjà posée de la manifestation et de la lecture du consentement, par les sens et l’intelligence.
Comme le viol est généralement l’agression d’une femme par un homme – si le viol d’un homme par une femme est une hypothèse possible, elle peut se heurter à l’obstacle de l’absence d’érection… signe explicite et suffisant d’un « non » qui n’existe pas dans le cas inverse – la question se pose donc ainsi : comment la femme peut-elle manifester son consentement et comment l’homme peut-il lire ce consentement, compte-tenu du fait que le processus d’une relation amoureuse peut être déclenché dans un contexte émotionnel et/ou passionnel ?
Et, comme l’homme et la femme évoluent dans un contexte social, culturel, idéologique donné, autrement dit, comme – physiologie mise à part – ils ne sont pas un homme ou une femme, mais sont devenus l’un et l’autre, comment la femme pourra-t-elle ne pas dire « non », ou dire un « oui » qui ne soit pas plus ou moins dicté par de « bonnes raisons », et comment l’homme pourra-t-il non seulement percevoir que l’absence de « non » n’est pas synonyme de «oui », que le « oui » peut ne pas être celui d’un choix, mais encore se rendre compte qu’il propose un acte qui, dans le moment où il le propose, ne correspond pas au désir de la femme ?
Concrètement : un époux a envie d’une relation alors que son épouse n’en a pas le désir, mais on l’a convaincue qu’elle a un « devoir » d’épouse et elle n’est donc pas « autorisée » à dire non, sauf à être une « mauvaise épouse » et à courir le risque d’être délaissée. Est-ce que cette absence de non ou ce oui qui n’est pas le sien induit un viol ? Et si elle ne le perçoit pas comme tel ? Et si, comme on dit, elle se « donne par amour » ?
Expliquer, comme les féministes hostiles à l’introduction du consentement dans la loi : « Le consentement de sa victime n’est pas le problème du violeur. Le viol n’est pas une relation sexuelle non consentie, c’est un acte de prédation, de prise de pouvoir » ne résout rien non plus, puisque « prédation » ou « prise de pouvoir » (cf. l’exemple précédent) ne s’inscrivent pas nécessairement dans une contrainte physique brutale comme le viol sous la menace d’une arme ou par usage de drogues.
On ne s’en sort pas si on en reste dans le domaine du droit et du pénal.
Si le traitement du phénomène (le viol, comme tout crime, est ce qui apparaît d’une cause en amont) par la loi est nécessaire, il ne peut être adéquat qu’en parallèle d’un discours sur la problématique de ce que sont les rapports humains dans leur détermination par le contexte que je rappelais plus haut, et dans le cadre d’une philosophie générale dont aucun des chapitres (rapport sexe/sexualité, relation sexuelle avec soi et les autres, plaisir pour soi et partagé, puissance du corps, rapport corps/esprit, désir dans son expression et sa lecture, choix et renoncement… bref, ce qu’est la liberté spécifique de l’homme) n’est inscrit dans le programme du système éducatif.
Ce discours n’existe pas, comme il n’existe pas pour l’aide à mourir parce que nous ne parvenons toujours pas à nous défaire de l’angoisse de la problématique.

Laisser un commentaire