Journal – 12 – Abolir le système répressif – (29/01/2025)

Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, sociologue, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, était l’invité des Matins de France Culture ( 7 h 20 , puis 8 h 20) auteur de Dix leçons sur l’abolitionnisme pénal (Flammarion).
G. Erner le présente comme « l’un des penseurs les plus en vue de la gauche radicale » et il continue ainsi : « Je me suis dit que j’avais envie* de vous inviter parce que ça fait partie de nos missions dans Les Matins de donner à entendre différentes pensées, y compris des pensées radicales, des pensées qui dérangent**. Je vais dire en quelques mots l’essence de votre ouvrage : vous questionnez la légitimité de la justice pénale et vous plaidez pour un abolitionnisme radical du système répressif puisque vous critiquez l’illusion selon laquelle punir réduirait la violence ».

*« dire qu’on a envie » revient à substituer le devoir au désir.
** l’explication de précaution qui n’est en fait qu’une tautologie (France Culture a pour cahier des charges de faire entendre toutes les pensées) est le signe d’une peur. Au début de sa présentation G. Erner dit à propos du livre qu’il est « un ouvrage très en décalage avec l’esprit du temps ». C’est peut-être ça.
La pensée de G. de Lagasnerie n’est pas nouvelle en ce sens qu’elle s’appuie sur les travaux connus de Michel Foucault et Pierre Bourdieu, entre autres, mais elle est renouvelée dans un moment de contradiction avec « l’esprit du temps » qui trouve la justice laxiste et demande plus de répression, voire le rétablissement de la peine de mort.
Tout ce que décrit G. de Lagasnerie est indéniable : non seulement la répression ne résout rien de la souffrance des victimes, mais elle est en soi un acte supplémentaire de la violence qu’elle prétend réprimer et qu’elle contribue ainsi à augmenter.
La problématique commencer à s’amorcer avec l’exemple que prend G. de Lagasnerie : s’il vole 50 euros à G. Erner, il y a deux voies de solution : ou bien il reconnait son acte, restitue les 50 euros et présente ses excuses, ou bien il est traduit en justice, est condamné non seulement à restituer les 50 euros mais à payer une amende ou à subir une peine, ce qu’il dénonce avec cette question : « Qu’est-ce qui fait que l’Etat étatise nos vies comme si quand nous blessons quelqu’un nous blessions aussi l’Etat ? »
G. Erner demande alors au philosophe libertarien sensible à l’anarchisme (= ni dieu ni maître) s’il est d’accord avec cette formule « Il n’y a que des individus et il n’y a pas de chose comme la société » avant de préciser non sans malice (cf. la flèche du Parthe) qu’elle est de Margaret Thatcher.
A quoi répond le philosophe : « La société au sens singulier, ça n’existe pas, ce qui existe ce sont des individus, des classes sociales. »
La problématique ne sera pas construite : elle n’abordera pas la question du « commun » spécifique de l’humanité qui conditionne l’existence de l’individu et son rapport avec et la collectivité.

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