Journal 115 – La toupie et l’écume – (05/12/2024)

Alors, la toupie tournant sur elle-même parce que c’est le propre de la toupie de tourner sur elle-même chercherait une issue pour sortir de l’espace clos dont elle ne cesse de heurter le bord qui la renvoie inlassablement à son errance virevoltante. De quoi perdre la boule.
Je relis la métaphore puisqu’il ne s’agit pas d’une vraie toupie et…oui, bon, c’est à peu près ça quand je fais défiler les pages du journal informatisé qui arrive dans mon ordinateur à 11 h 00, je regarde, je regarde attentivement, très attentivement, je zoome (ça devient gros), je dézoome (ça devient petit) et … rien. Pas la moindre issue.
Noir, c’est noir, chantait Johnny, pour bien faire comprendre que noir c’est vraiment noir.
Si elle tourne, la planète n’a rien de la toupie, métaphorique ou pas – la preuve, il n’y a pas de bord à heurter et puis elle est bleue alors que les toupies sont rouges, mais oui, elles sont rouges– , elle n’a même pas le problème de l’être (comme être ou ne pas être, vous voyez, genre philo) parce que le réchauffement, tout ça, elle s’en soucie comme d’une guigne (c’est une petite cerise, pas celle qu’on met sur le gâteau) pour ne pas dire qu’elle s’en tape. Elle tourne. Point.
Ce qui pourrait faire tourner en bourrique ceux qui peuvent l’être (nous les hommes, parce que les ânes, c’est fait), c’est son indifférence à ses composants, surtout ses composants humains, seuls et en groupes. Vous imaginez vos organes battant de l’aile et votre corps persistant comme si de rien n’était ? Remarquez, c’est bien ce qui se passe quand on est malade et même quand on est mort. Le corps persiste, et jusqu’aux molécules. Et dans les molécules, il y a des atomes, et dans les atomes, des électrons qui tournent autour d’un noyau.
Voilà pour la toupie.
L’écume, maintenant.
Juste avant, la bêtise.
Celle qu’invoque ce matin G. Erner dans son « humeur du jour » (6 h 57 – France Culture) pour décrypter la situation politique en France : « La bêtise collective étant l’une des notions les plus utiles en sociologie des organisations, vous prenez des gens intelligents, uniquement intelligents puis vous les coaliser les faire échouer. » Il déroule ensuite la liste des événements depuis la dissolution jusqu’à la chute du gouvernement, pour expliquer que tout, s’explique par la bêtise. Oui, c’est ironique, mais seulement dans la forme. Il y croit à son explication par la bêtise.
Pour l’illustrer et montrer qu’il sait de quoi il parle, il demande à Jérôme Fourquet, politologue invité des Matins, si la situation de blocage s’explique « par la fragmentation du pays ou l’émiettement de la classe politique » puisqu’il est évident qu’il n’y a pas de rapport entre le pays qui est fragmenté et la classe politique qui s’émiette. Tout le monde intelligent sait ça : les gens fragmentés votent et le résultat émietté du vote n’a rien à voir avec la fragmentation des électeurs. Les uns et l’autre sont « éparpillés façon puzzle » chacun de son côté. C’est aussi bête que ça.
L’écume – l’explication par la bêtise n’en fait pas partie, elle, c’est une démission – c’est le discours de J Fourquet qui décrit, et très bien, comment a évolué la société française depuis le siècle dernier : le catholicisme, puis la question capital/travail ont été les références-guides qui expliquent les modes de scrutin (il y aurait à dire…) et le clivage gauche-droite. Effondrement des deux blocs et nouveau clivage : « On joue à trois » parce que l’intégration européenne est venu fracturer les deux « chapelles » gauche-droite. « On était bipolaire et on est à trois forces », dit-il.
Rien sur ce qui sous-tend ces changements. « Si les députés ne changent pas de méthode… », lance J. Leymarie, l’éditorialiste de l’émission, pour qui l’impasse est apparemment d’ordre arithmétique.
Voilà, c’est tout.
Rien sur ce qui constitue le RN et son développement. Rien sur le développement du « gauchisme » LFI. Rien non plus sur les causes du besoin de spiritualité, la désertion de l’église catholique et le développement des « églises nouvelles » signalé par le politologue… dont les références/métaphores« églises et chapelles » ne sont évidemment pas anodines.
Ce type de débat est un des modes de l’impasse. Comme l’absence de distanciation – par soi-même ou par l’intervention d’un tiers – qui permettrait de constater qu’on patauge dans l’écume.
Un mot n’a jamais été prononcé. Comme il ne l’a pas été dans les débats parlementaires qui ne construisent pas plus de de problématiques que le débat en question : commun.

Photo : le ciel, ce matin.

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