Journal 95 – la dérive de France Culture – (07/10/2024)

Il y a un an, des commandos du Hamas franchissaient la frontière israélienne sans rencontrer d’opposition,  massacraient mille deux-cents personnes (dont huit-cents civils) et emmenaient deux cent-cinquante otages.

Commémorer un tel massacre sur la chaine de radio du service public nommée France-Culture, suppose que soit dépassé le niveau de l’émotion et du parti pris.

Que G. Erner commence son « Humeur du jour » (juste avant 7 h 00) par ces mots : « Le 7 octobre fut un jour d’infinie tristesse », pourquoi pas ? Un billet d’humeur est fait pour ça. Il explique qu’il a perdu ce jour-là une amie morte d’un cancer et appris le massacre qui le touche d’autant plus qu’il a des parents et des amis qui vivent en Israël.

Le premier invité – 7 h 40 > 8 h 00 – est Amir Tibon, journaliste israélien, qui raconte les heures terribles qu’il a vécues enfermé dans la chambre forte de sa maison avec son épouse et ses deux petites filles.

Vingt minutes d’émotion.

Le second est Eva Illouz, sociologue franco-israélienne (c’est ainsi qu’elle est présentée par G. Erner) qui va développer un discours suscité non par le massacre du 7 octobre, mais par les réactions, le lendemain, d’une partie de la gauche.

Je la cite : « Le 8 octobre, ç’a été les réactions de ce que je considère encore comme mon camp politique, c’est-à-dire la gauche qu’on peut appeler progressiste, identariste, woke… Ce qui m’a frappée ç’a été non seulement le manque de compassion et l’indifférence avec laquelle la nouvelle a été reçue, mais parfois même aussi la jubilation à New-York, en France, en Angleterre… ç’a  été une énigme parce que la gauche fait profession d’avoir beaucoup de compassion vis-à-vis de toutes les souffrances… J’ai voulu comprendre quelle était la vision du monde qui rendait ces réactions intelligibles à autant de gens, j’ai voulu revenir aux racines de cette haine, non comme un point de départ mais comme un point d’arrivé d’un long cheminement idéologique, parce qu’on pouvait avoir de la compassion pour les victimes israéliennes et, comme moi, soutenir toujours la cause de la paix et la cause des Palestiniens dans le but d’avoir un état. »

Ce que je trouve intéressant – je laisse de côté la pauvreté de la définition de « la gauche » par la compassion – c’est la tentative de comprendre un processus : « la haine non comme point de départ mais d’arrivée d’un long cheminement… » là, je suis d’accord,  « … idéologique » et là, ça ne va plus parce qu’il manque dans la phrase l’essentiel à savoir l’histoire. C’est précisément la critique qu’elle adressera en fin d’intervention à Judith Butler (philosophe pour qui les attaques du Hamas relèvent d’actes de résistance) : « Elle n’historicise pas le Hamas et le Hezbollah. Ce n’est pas une vision dialectique. »

C’est exactement ce qu’elle fait elle-même. A aucun moment, elle ne pose la question du processus qui a conduit à l’émergence du Hamas (ce qui impliquerait plutôt qu’une « vision »,  une « démarche dialectique »)  qu’elle présente ainsi dans sa conclusion « Quand on construit sept-cents kilomètres de tunnels, qu’on est allié de l’Iran, qu’on reçoit des millions du Qatar et qu’on impose une quasi dictature à son peuple est-ce qu’on est véritablement opprimé ? »

La confusion entre Hamas (elle ne dit pas un mot de son succès électoral à Gaza et en Cisjordanie en 2006 ) et peuple palestinien dans son rapport avec Israël,  la réduction de la politique du Hamas à une stratégie sans que soient précisés les paramètres de l’existence à Gaza (pas un mot sur le blocus ni les conditions de vie, de travail et de circulation) font de son point de vue un discours partisan… sans que lui soit opposé un discours autre, par exemple celui de la coresponsabilité.

Même remarque pour l’émission de Marc Weitzmann, « Signes des temps », ce dimanche 06/10  12 h 45 > 13 h 30, à propos de laquelle j’ai envoyé cette lettre à la médiatrice :

« (…) Ecoutez-la et vous constaterez qu’à aucun moment, il n’est question de tenter d’expliquer les émergences du Hamas et du Hezbollah en replaçant l’un et l’autre dans le processus du conflit entre Israël et les Palestiniens, mais de décrire seulement ce qu’ils sont et comment ils fonctionnent. Le discours ainsi tenu est univoque,  sans construction de problématique, autrement dit le contraire de ce qu’implique la culture, au point même, par exemple,  d’oublier de mentionner que le Hamas a d’abord et aussi été une force politique qui a remporté les élections en 2006 – dans des conditions démocratiques attestées – à Gaza et en Cisjordanie.  Dénoncer l’obscurantisme et les crimes de ces organisations est évidemment nécessaire, mais non suffisant sur une chaine qui s’appelle France Culture. »

J’ajoute qu’une telle ligne éditoriale ne peut que contribuer à développer l’antisémitisme.

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