Le « terroriste » Peter Cherif, 42 ans, a été condamné par la cour d’assises spéciale de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité – dont vingt-deux ans de sureté – pour son implication dans la préparation de l’attentat contre Charlie Hebdo. S’il a reconnu avoir été un des geôliers des otages français détenus au Yemen par le Djihad islamique, il a nié son implication dans l’attentat, et n’a pratiquement pas ouvert la bouche pendant les trois semaines de son procès. Ses avocats ont été souvent absents, laissant la place à des adjoints qui ne connaissaient pas très bien le dossier.
Ce silence et ces absences ont suscité de nombreux commentaires d’incompréhension et de reproches d’irresponsabilité de la part de l’accusation, des parties civiles et des lecteurs du Monde.
Ma contribution :
Ce sur quoi on colle l’étiquette « terrorisme » (terrorisme international né à la fin des années 80 au moment de l’implosion soviétique) est l’expression d’un rejet du système de fonctionnement du monde (capitalisme) désormais sans solution alternative. Une désespérance planétaire (d’où, Trump, Poutine, populisme, extrême-droite…). Les crimes dont il est question, d’individus ou de masse, ponctuels, provoquent la sidération, mais pas la terreur, qui n’existe que dans le temps long et continu – celui d’une politique d’Etat, de la guerre, par exemple. Le tribunal ne peut pas être le lieu de l’ « explication habituelle » pour des crimes dont la cause essentielle, existentielle, échappe à leurs auteurs, ce dont témoigne le recours à l’irrationalité et au fanatisme religieux. Le silence de l’accusé et l’absence des avocats au procès sont les signes de l’impossibilité d’un discours de défense forcément inadéquat, celui de la raison et du droit.
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J’ajoute que la peine prononcée est pour moi le signe d’un déni de la problématique de la délinquance et de son traitement judiciaire, dont l’abolition de la peine de mort (1981) aurait pu être le premier chapitre. Rien n’a suivi, sinon le remplacement de la condamnation à la mort par décapitation, par la mort à petit feu.
Le Monde publiait il y a quelques jours un article sur les conditions de détention dans la prison de Nîmes. Je passe sur les détails sordides que tout le monde connaît – et depuis longtemps – qui rappellent les traitements humains dont l’homme est capable, et qu’il accompagne, eux aussi, par le silence.