Ceux qui s’intéressent à la peinture jusqu’à prendre le pinceau savent que la question « première » est celle du gris qui ne se réduit pas au mélange du blanc et du noir mais qui est aussi celui du rouge et du vert. « Première » dans le sens où elle est celle de l’émergence de la couleur et que la couleur n’est pas une reproduction mais une construction. L’écueil est celui de la boue auquel peut conduire la recherche ratée, autrement dit la négation de la couleur qui peut conduire à la destruction de la toile ou au suicide du peintre.
Nous vivons un moment de gris/boue.
En témoignent le résultats des législatives et les tergiversations du président.
Et, plus encore dans ce contexte, l’incapacité chronique à pousser le questionnement jusqu’à l’essentiel.
J’écoutais ce matin Anton Brender – chef économiste de Candriam (société transeuropéenne de gestion d’actifs, professeur associé honoraire à l’université Paris-Dauphine), invité des Matins de France Culture – établir la liste de tout ce qui ne fonctionne pas (école, santé, services publics dans l’ensemble et dans le monde). Il expliquait par exemple que l’ouverture de l’enseignement du second degré à tous (1975) avait été une bonne chose mais qu’elle ne donnait pas de bons résultats parce que les moyens financiers n’avaient pas été à la hauteur de l’enjeu. Même type d’analyse pour la santé, les prisons etc.
Là commence le gris/boue en ce sens qu’il ne pose pas la question du pourquoi / pour quoi de cette carence qui apparaît donc comme une cause en soi « explicable » soit par la négligence, soit par la manque de « volonté politique », autrement dit un intangible, de l’ordre du non-intentionnel, du dépourvu de sens.
A aucun moment ce monsieur (auteur de nombreux ouvrages dont les intitulés laissent penser qu’il a des préoccupations sociales) ne pose la question du rapport entre le commun (dont les services publics) et la logique du capitalisme. En aucun moment il n’évoque pour l’école la nature du discours global d’enseignement.
Je suis allé voir sur Wikipédia : « Candriam est une société de gestion d’actifs paneuropéenne créée en 1996 dont le siège social se situe à Luxembourg. À fin décembre 2022, leurs encours s’élevaient à approximativement 139 milliards d’euros. Le Groupe dispose de centres de gestion à Luxembourg Bruxelles Paris et Londres, et ses activités commerciales couvrent l’Europe, les États-Unis, le Moyen-Orient et, par le biais de sociétés de distribution affiliées, la région Asie-Pacifique. Ils proposent des solutions d’investissement dans cinq classes d’actifs : obligations, actions, stratégies à rendement absolu, investissements durables et allocation d’actifs. »
Ce qui permet de comprendre les limites de son questionnement.
Mais celles du journaliste ?
Je vous propose le gris de ce matin breton.
