J’ai raconté je ne sais plus où ma rencontre d’une dame âgée, allemande, fredonnant l’Internationale dans le couloir d’un Hôtel de haut standing du sud du Connemara. Cette vieille dame était la maman d’Ursula, la patronne de l’hôtel en question qui nous avait reçu avec beaucoup de gentillesse, il y a quelques années, pour une simple soupe de midi alors que la salle du restaurant était occupée par un groupe de chasseurs. Elle nous avait fait dresser deux couverts dans un petit salon, nous avions discuté – elle parle le français couramment – et nous avait expliqué que son mari était le chef cuisinier et qu’il était français.
Pour ceux qui n’ont pas lu l’histoire : nous y sommes retournés l’année suivante, toujours pour la soupe de midi. Nous étions dans la salle de restaurant (les chasseurs étaient repartis) quand j’ai entendu ce que je rappelle au début de l’article. Je suis allé dans le couloir et j’ai vu cette dame, frêle, qui tenait serrée contre elle un bouquet de fleurs qu’elle répartissait dans des vases. Ce qu’elle fredonnait était bien l’Internationale. Nous avons parlé – en anglais. Elle m’a expliqué qu’elle et son mari – passionné par la pêche en haute mer – avaient acheté il y a longtemps cet hôtel, situé dans une baie de la presqu’île de Carna, que géraient maintenant sa fille et son gendre. Elle entrecoupait sont récit par de pathétiques « Plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! » sur un ton et avec un regard qui disaient les souffrances et le malheur vécus.
Ursula nous avait confié que sa maman souffrait des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer.
Cette dame est morte, en Allemagne, il y a trois jours, et nous l’avons appris hier en nous arrêtant à l’hôtel pour le rituel du la homemade soup et du scone en dessert. J’ai envoyé un message à Ursula pour lui témoigner de notre sympathie et lui rappeler cet événement émouvant.
L’oxygène, c’est le souvenir toujours vif de ce moment de densité humaine et la la route de la presqu’île offrant le spectacle contrasté de la mer, des îlots, du ciel bleu, et, au loin, celui des montagnes ennuagées vers lesquelles nous dirigions pour rejoindre Letterfrack.
Il est aussi celui des rires, des plaisirs, des bonheurs partagés, des rencontres, sur les terrasses, dans les rues, que décrivent certains contributeurs du Monde, parisiens ou venus à Paris pour les JO, répondant à d’autres qui voient plutôt un défoulement plutôt problématique ou qui prédisent un réveil difficile.
Le protoxyde d’azote – qu’on appelle « gaz hilarant » – est ce à quoi me fait penser non seulement l’hystérie patriotique du public des tribunes telle qu’elle est décrite par les articles du Monde, mais la tonalité même dithyrambique de ces articles. France Culture dont la ligne éditoriale ignore habituellement les résultats sportifs donne régulièrement le nombre de médailles obtenues par La France dont Le Monde précise par ailleurs qu’elle n’est pas la même, que l’on considère la capitale effervescente des JO ou la province plutôt atone. La polémique à propos de la cérémonie d’ouverture n’est pas close, rappellent le journal et la chaine de radio. Je dirais qu’elle couve, comme un incendie mal maîtrisé.