Journal 52 – misère de la politique – (23/05/2024)

Ce matin, toutes les chaines de la radio du service public diffusent en continu de la musique. Cette absence de la parole est l’annonce d’une grève unitaire des personnels hostiles à la réforme de l’audiovisuel public décidée unilatéralement par le gouvernement. Un message enregistré régulièrement diffusé rappelle la raison de la non-diffusion des émissions habituelles et se termine par la formule « nous vous prions de nous en excuser » dont j’ai déjà souligné la signification de culpabilité qui conduit à inverser le rapport cause/conséquence dans la confusion des responsabilités.

La musique, donc, en tant que remplissage de vide, signe perverti d’une carence de la parole, d’une misère politique.

Autre exemple, d’une gravité plus lourde : ce soir, dans le cadre des élections européennes est programmé sur France 2 (suspension de la grève ?) un débat télévisé entre G. Attal, premier ministre, et J. Bardella qui conduit la liste du RN, créditée selon les derniers sondages de 32% d’intentions de vote.  

Le mot débat est inadéquat pour ces deux raisons :

1 – Il n’y a pas de débat possible avec l’extrême-droite pour la raison que débat implique idées. Or, cette idéologie (le moi transféré dans le national) sollicite non la pensée, mais les affects/passions les plus tristes qui, pour fonctionner, requièrent le bouc-émissaire et la haine. Ou bien on adopte cette idéologie, ou bien on la combat pour en freiner le développement par la sollicitation de la pensée. Il n’y a .pas d’autre alternative.

2- L’enjeu – comme celui de toutes les confrontations politiciennes de ce type – n’est pas celui du débat d’idées, mais de l’affrontement-spectacle où les points marqués sont attribués selon des critères sans relation avec l’objet. Le rapport du RN avec l’Europe et les contradictions entre ses votes et son discours électoraliste ne sauraient constituer un argument en ce sens que pour être entendu et écouté, il suppose chez ceux à qui il s’adresse une pensée critique, antinomique de ce qui motive leur adhésion.

Ce qui fera dire que l’un ou l’autre a gagné concernera l’allure, la présentation,  les bons mots, le sens de la répartie… bref, les règles d’un jeu qui n’a rien à voir avec l’exercice de la pensée.

Que le premier ministre s’y prête est non seulement significatif du désarroi collectif, mais confirme l’inconscience et l’irresponsabilité du président qui l’envoie sur le ring, du gouvernement, des députés qui ne disent rien, des médias qui font « comme si c’était un débat » et des téléspectateurs qui regarderont sans réaliser qu’ils valident ainsi la reconnaissance politique que cherche le RN.

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