Journal 51 – Le procureur de la CPI – (21/05/2024)

Quand il s’agit de l’Histoire, il est très hasardeux de parler, à chaud, de tournant.

Je prends quand même le risque de dire que la décision du procureur de la Cour Pénale Internationale de demander des mandats d’arrêt contre les principaux dirigeants du gouvernement d’Israël et du Hamas en est un.

Peut-être même une épingle à cheveux.

B. Nétanyahou a déclaré que cette décision du procureur était « un outrage moral d’une proportion historique ». « Historique » pourrait bien confirmer mon point de vue : l’application, inadéquate, de la morale à une décision judiciaire tend à en détourner le sens.

La réaction de J. Biden qui qualifie la décision de scandaleuse est elle aussi un déni des coresponsabilités.

Le Hamas la dénonce lui aussi en prétendant qu’elle assimile les victimes au bourreau.

Cet accord entre Israël et le Hamas signifie, malgré eux, leur coresponsabilité.

Voici ma contribution au Monde :

«  Comment ne pas être d’accord avec une décision de justice qui, en inculpant dans le même temps des responsables israéliens et palestiniens, replace le conflit actuel dans ce qu’il est, à savoir un processus d’affrontement dont la durée – quatre-vingts ans – est significative de la coresponsabilité des deux parties ? »

Elle a suscité ce commentaire d’un lecteur :

« Le 7 octobre était une attaque terroriste. Après le 11/9/01 auriez-vous trouvé normal qu’on inculpe le Président américain ou après le 13/11/15, le Président français ? Le premier pour avoir autorisé la riposte contre l’EI, le second pour avoir autorisé l’attaque contre la cache des organisateurs à St-Denis ? »

A qui j’ai répondu :

« Terrorisme » est une étiquette qui décrit des actes qu’elle n’explique pas. Est-elle collée sur la colonisation sauvage et meurtrière en Cisjordanie ? Sur l’intervention US (George W. Bush) /UK (T. Blair) en Irak ? Est-ce que le président américain a été traduit en justice pour la fabrication reconnue de fausses preuves ? Votre remarque oublie le processus : la guerre n’a pas commencé le 7 octobre. Le Hamas n’est pas né par génération spontanée et son attaque criminelle est un épisode du conflit. Il ne s’agit pas de dénier à Israël le droit de riposter – ce n’est pas la question – mais de dire que les uns et les autres sont coresponsables de la pérennité du conflit et des massacres quelles qu’en soient les formes. C’est le sens de la décision du procureur de la CPI. »

Laisser un commentaire