Journal 32 – La Passion – (29/03/2024)

En fin de matinée, sur France Culture, des spécialistes débattaient de l’OTAN et ils évoquaient l’hypothèse d’une guerre comme ils auraient parlé d’une partie de campagne. Pas militaire, champêtre – voyez le film de Renoir inspiré par le conte éponyme de Maupassant. Entre parenthèses, partie propose au singulier ou au pluriel un éventail de sens (champ sémantique, disent les savants) intéressant à bien des égards.

En les écoutant, je me demandais quand et comment se met insensiblement en route le flux d’un discours souterrain, insidieux, qui part d’un impossible/inconcevable et aboutit à une résignation/acceptation en passant par un éventuel et un potentiel.

Autrement dit : quand et comment se met en route l’anesthésie de la pensée ?

Je pense à la mienne.

Comme chaque année à cette époque, j’écoute en boucle « la Saint-Matthieu » comme disent les familiers de la musique de Bach – deux interprétations de cette Passion : celle de Philippe Herreweghe et Michel Corboz, la première parfaite, la seconde remarquable par les chœurs, moins par certain solistes, l’une et l’autre au sommet par leur lecture de la partition.

La Passion (latin patior : souffrir) du Christ qui meurt le vendredi avant Pâques.

Enfant et adolescent, je participais avec émotion et tristesse aux offices de la semaine sainte, en particulier à celles du vendredi.

A 15 heures, l’église était pleine pour la célébration du chemin de croix pendant laquelle était lue la passion que Bach a mise en musique.

Pour moi, une des composantes importantes de ce drame que je vivais intensément était ce qui aurait pu l’éviter et qui ne se produisait pas. Par exemple, l’épouse de Pilate lui faisait dire qu’elle avait eu un mauvais rêve et elle lui conseillait de libérer Jésus.  J’entendais une petite voix intérieure qui me disait, avant la suite que je connaissais pourtant par cœur : il va l’écouter parce que c’est sa femme !

Je ne me suis jamais posé la question : mais comment l’évangéliste a-t-il pu avoir l’information du rêve de l’épouse du gouverneur romain ?

Est-ce qu’un des assistants se la posait ?

Les Russes, dans une proportion qu’on ignore, mais suffisante, croient que le récit de Poutine selon lequel l’Ukraine est un pays nazi agresseur, raconte le réel.

Une partie importante des Français, des Européens, des Américains du nord et du sud, de la planète entière, croient avec la même conviction que le récit nationaliste de l’extrême-droite raconte le réel.

Autre réel : l’information du Monde qui suscite les réactions passionnelles des lecteurs : « La Cour Internationale de Justice vient d’ordonner à Israël d’empêcher la famine qui s’installe à Gaza ».

J’ai envoyé cette contribution :

« La durée du conflit Israël/Palestine sans apparence de solution conduit à se demander en quoi l’un et l’autre y trouvent un « bénéfice » et si leur existence n’est possible que dans sa mise en cause permanente. Un peu comme certaines personnes ont besoin de conflits, de procès permanents. Le comportement d’Israël en témoigne (humiliations, colonisation brutale…) qui ne respecte aucune résolution onusienne et qui est en train de préparer d’autres 7 octobre. Les Palestiniens, eux, ne parviennent pas à construire une unité qui leur permette de se doter d’un pouvoir politique. L’acte fondateur d’Israël, d’une grande violence (cf. les articles du Monde), n’a jamais été objet de discussion. Il faudrait peut-être commencer par là. »

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