Comme tous les dimanches, lever tôt pour écouter sur France Musique l’émission dédiée à la musique de Bach ( 7 h 00 > 9 h 00). Je précise que je me lève également tôt de bonne heure les autres jours aussi, mais là, c’est dimanche. L’animatrice explique ce qu’est la sarabande (caractérisée par des suspensions dans la mélodie) qu’elle illustre notamment par l’aria d’Alminera – jeune fille enfermée de force, séparée de celui qu’elle aime – dans le Rinaldo de Haendel : Lascia ch’io pianga / Mia cruda sorte / e che sospiri / la liberta = Laisse-moi pleurer / sur mon sort cruel / et soupirer / à la liberté. Je ne saurai trop vous conseiller de l’écouter. Je vous le conseille donc plus que trop.
La légèreté avant de retrouver le lourd grave et dramatique à Gaza et aux USA.
Trois contributions envoyées au Monde et publiées.
Les deux premières concernent Gaza et une agression dont a été victime un homme sortant d’une synagogue à Paris, vendredi.
La troisième les nouvelles victoires de D. Trump aux primaires du parti républicain et sa probable désignation comme candidat.
Les lecteurs habituels du blog ne seront pas surpris.
1 – Le 7 octobre est un épisode du conflit qui oppose de manière dissymétrique depuis près de 80 ans Israéliens et Palestiniens. Ne pas le reconnaître en disant que la guerre a commencé à cette date, contribue à alimenter ce conflit dont la permanence sans issue visible ne peut pas ne pas être significative d’un problème existentiel de l’un et l’autre peuples (cf. assassinat d’I. Rabin). Face à l’impuissance de l’Autorité Palestinienne, l’émergence du Hamas – extrémisme religieux – en est un autre épisode et lui coller l’étiquette « terrorisme » en guise d’explication participe du même déni qui ne veut pas voir le « processus » et refuse la coresponsabilité. Les rapports entre les deux peuples sont de force et de violence que la politique israélienne de colonisation brutale et d’humiliation ne peut qu’accentuer. Ce qui se passe à Gaza prépare un nouveau 7 octobre.
2 – Le déni consiste à faire comme si on ne savait pas que la démesure produit la démesure, en particulier chez ceux qui se laissent dominer par leurs affects. Ceux qui protestent contre le dernier paragraphe de l’article* sont dans le même déni : ce qui se passe à Gaza – une démesure s’il en est – annonce un nouveau 7 octobre qui n’est qu’un épisode d’un conflit dissymétrique, autrement dit un processus enclenché il y a 80 ans, et sans issue visible. L’un et l’autre peuple souffrent donc apparemment, à des degrés différents, d’un problème existentiel majeur, quelque chose comme un interdit d’exister qui les conduit à tuer et se faire tuer de peur de mourir. Autrement dit, il importe de parler de coresponsabilité.
* l’auteur de l’article rapproche l’événement de la situation à Gaza.
3 – « America first ! » = un « Moi d’abord ! », une tendance planétaire (Russie, Argentine, Brésil – Bolsonaro est toujours là -, extrêmes-droites en Europe…) qui veut combler le vide du « commun » creusé par l’implosion soviétique à la fin des années 80 (émergence concomitante du « terrorisme » international => crimes de désespérance) et la disparition de l’hypothèse même d’une alternative au capitalisme. L’équation être = avoir + qui le fonde devient donc le seul credo qui conduit à se jeter dans l’abîme (cf. le changement climatique) de peur d’y tomber. D. Trump et V Poutine sont, au plan international, deux incarnations, pathétiques, sidérantes et effrayantes, de ce que signifie ce « moi d’abord ! » des petites machines d’angoisse individuelles. Il est urgent de redéfinir ce qui nous est commun, en tant qu’espèce.