Les tripes, dit une avocate ce matin sur France-Culture.
C’est bien ce qui caractérise l’homme dans sa plaidoirie pour Patrick Henry (1977) et son discours pour demander l’abolition de la peine de mort(1981).
Ce n’était pas gagné pour le procès. Une foule criait « à mort ! » à l’extérieur du tribunal et elle exprimait l’opinion dominante.
Ce l’était pour l’abolition. La gauche était nettement majoritaire à l’Assemblée, une partie de la droite était favorable et F. Mitterrand avait annoncé qu’il supprimerait la peine de mort s’il était élu.
Les tripes, autrement dit l’expression d’une aversion de type organique. On exécutait alors les condamnés avec une machine qui « coupait en deux un homme vivant » : telle fut l’expression qu’il utilisa au cours de sa plaidoirie – il avait dû assister à l’exécution de Roger Bontems (1972) que G. Pompidou laissa guillotiner – et qui « sauva la tête » de l’assassin.
Il y a, dans le film Procès au Vatican réalisé par Jean Haguet en 1952 – l’objet est la béatification de Thérèse de Lisieux – une scène d’exécution.
J’ai encore dans ma mémoire sensible l’aversion forte que je ressentis dans la salle de cinéma. Elle fut la facette affects complétant la facette pensée qui vint après et qu’elle suscita.
Autant que la guillotine, ce fut l’idée de la décision de tuer, prise à froid, les discussions pour les détails d’exécution, autrement dit le montage d’une seconde machine faisant d’hommes les équivalents de l’autre. Deux machines d’aversion.
Reste, pour l’abolition e 1981, une lacune.
L’absence d’un discours au Peuple sous la forme d’un débat, complémentaire du vote de l’Assemblée et qu’une majorité hostile à l’abolition rendait nécessaire. Cette carence continue à nourrir de manière sournoise la pathologie collective exploitée par les porte-parole de l’extrême-droite, notamment dans leur jeu avec le fantasme du rétablissement de la peine de mort.
Il aurait été important de montrer qu’elle n’est qu’une composante de la problématique du rapport d’inclusion de la mort dans la vie, qu’elle invertit.