Phobie scolaire

Dans le cadre des Matins de France-Culture, Marguerite Catton recevait ( 06/02/2024 – 7 h 15) Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, directrice de la maison de Solenn, et professeure à l’université Paris-Descartes.

Constats :

– en 2021, les pensées suicidaires des 18-24 ans ont été multipliées par deux et plus de 9% ont déclaré une tentative de suicide.

– le taux des phobies scolaires – de 4 à 10% des élèves – ne cesse d’augmenter : l’école est devenu un lieu de souffrance, de fragilisation.

Je mets régulièrement en cause ici ce que j’appelle le « discours global d’enseignement » (rapport au savoir, à son enseignement et à sa critique) dont j’ai expliqué – pour ce qui concerne l’enseignement du « français » : aussi bien grammaire/orthographe que littérature – en quoi il n’est pas audible/compréhensible par le public scolaire concerné, y compris celui qui dispose d’un environnement social et culturel « favorable ».

Pour la grammaire, ce rappel : la Grammaire du français officielle distingue le simple du complexe selon le nombre de verbes de la phrase : un seul verbe = phrase simple, deux ou plusieurs verbes = phrase complexe. Ce qui est ainsi instillé dans l’esprit des enfants c’est que simple et complexe ressortissent à des formes.

Pour illustrer ma critique d’un tel discours (cf. articles à partir du 28/03), je prends ces deux exemples : « Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone » (Verlaine) sera une phrase simple (un seul verbe) alors que « Il pleut, il vente » sera une phrase complexe (deux verbes).

Modeler l’esprit des enfants avec l’importance donnée aux apparences n’est évidemment pas innocent : il invite à conclure que la forme, l’apparence constituent le sens… ce qui est dans le droit fil de ce que, souvent, on appelle « réussite » dont on sait qu’elle est de l’autre côté de la route qu’il suffit de traverser ou encore qu’elle est source de ruissellement.

Et, pour la littérature, l’épreuve, entre autres, du commentaire de texte du baccalauréat, une aberration du même ordre qui conduit à faire de la lecture un exercice artificiel dénué de sens qui ne peut que dégoûter de la littérature.

S’ajoute désormais à ce « discours de la forme », la décision prise sans concertation par un ministre de passage, devenu premier ministre porte-voix présidentiel, de remplacer les classes de 6ème et 5ème du collège par des groupes de niveaux, discriminants, en français et mathématiques – deux disciplines majeures.  

Cette décision autocratique et irresponsable n’est approuvée ni par les chefs d’établissement, ni par les professeurs, par personne. Fait rarissime, certains inspecteurs d’académie expriment même publiquement leur opposition.

Combien de temps encore ?

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