Le SNPDEN-UNSA (syndicat des cadres/chefs d’établissements) dont Le Monde (26/01/2024) précise qu’elle une organisation « peu coutumière des oppositions frontales au ministère », vient d’adresser une lettre à la ministre (à ce jour) de l’Education nationale et du Sport, Amélie Oudéa-Castéra, dont l’investissement dans l’école publique est bien connu.
Le syndicat y explique non seulement que la décision de supprimer au collège les classes hétérogènes et de grouper les élèves par niveaux pose des problèmes matériels très compliqués, sinon insolubles sauf à supprimer des options, mais encore qu’elle est « contraire à nos valeurs ».
Je préfèrerais « principes » (dimension universelle) plutôt que « valeurs » (dimension plutôt contingente), mais peu importe.
Ce que le ministre, proche de l’école privée où il a été formé, comme le président dont il n’est que la voix, comme la ministre, est en train de mettre en place, est une rupture avec le principe républicain « liberté égalité fraternité ».
Il ne s’agit pas d’idéalisme : le principe républicain définit un type de relations fondé sur le réel concret, matériel : il n’y a pas de race, pas de hiérarchie humaine, tous les hommes sont semblables par la biologie, la nécessité de la vie sociale et l’angoisse existentielle caractéristique de l’espèce humaine.
L’école républicaine est une application du principe en ce sens qu’elle ne distingue pas et qu’elle met à disposition de tous les enfants regroupés selon les âges, les mêmes tables, les mêmes maîtres, les mêmes livres et le même savoir reconnu par la collectivité.
L’esprit de droite consiste ici à inverser les rapports et faire de la conséquence la cause.
La cause scolaire, non des inégalités – elles précèdent l’entrée à l’école dite « maternelle », une appellation quand même problématique – mais de leur maintien et de leur aggravation (l’école ne corrige rien mais reproduit, ainsi que le montrent depuis des décennies toutes les études – les exceptions venant confirmer la « règle ») est liée aux conditions matérielles de l’enseignement (effectifs, notamment) et du discours global d’enseignement (cf. les articles sur la Grammaire du français) qui discrédite les professeurs (d’où leur déconsidération) – ils ont leur part de responsabilité.
La décision du premier ministre est l’expression d’un déni dont le comportement du président de la République (messe à Marseille, Hanoukka à l’Elysée) est une autre illustration relativement au principe complémentaire de laïcité.
Elle va discriminer les élèves selon des critères évidemment implicites, des non-dits de différences d’intelligence, d’ethnie, et cette discrimination institutionnalisée – reposant sur le discours/prétexte de remise à niveau – va créer des regards, des attitudes, des antagonismes, peut-être aussi des hontes, un ensemble d’attitudes et de discours antinomiques du fonds de notre culture, celle, pour faire court, des Lumières, que ces responsables politiques brandissent de temps en temps comme symbole de la France pour dissimuler la réalité de leurs choix idéologiques.
Reste cette question : qu’est-ce qui nous a conduits à les élire ?