Le dimanche matin, entre 7 h 00 et 9 h 00, j’écoute l’émission que France Musique affecte (j’allais écrire « consacre » !) à la musique de Jean-Sébastien Bach, présentée par Corinne Schneider, éminemment sympathique, toujours de bonne et belle humeur, et qui connaît son sujet.
Ceux qui lisent le blog savent non seulement que Bach est un de mes compositeurs préférés – oui, non, ce n’est pas d’une importance capitale – mais surtout que sa musique est une des illustrations de l’expression de la transcendance dans l’immanence, autrement dit sans le recours à un dieu. Une sorte de paradoxe quand on sait que Bach a beaucoup composé pour l’église luthérienne dont il était membre.
Ses cantates religieuses – sortes de mini-opéras – font intervenir des chœurs et des solistes dont les textes/dialogues sont écrits par des religieux. Le contenu est à peu de chose près toujours le même : une variation du thème que je résume grossièrement ; nous sommes là pour en baver (le luthérianisme n’est pas du genre : la vie est belle ploum ploum tralala !), mais il y a heureusement Jésus et son message qui permettent d’en baver moins. Je résume toujours grossièrement.
Le texte de la cantate BWV 3 diffusée ce matin et composée à Leipzig pour la fête de l’épiphanie du 14 janvier 1725, nous dit donc sans surprise : « Ah, Dieu combien de tourments mon cœur affronte en ce temps présent ! ».
Le texte est celui d’un pasteur et poète allemand de la fin du 16ème siècle selon lequel il faut suivre Jésus en toutes choses « Le Christ est venu pour la consolation du monde entier ».
Le premier air du dialogue, confié à la basse « est en fa dièse mineur, tonalité extrêmement rare pour désigner, l’angoisse et les tourments de l’enfer qui assaillent celles et ceux qui n’ont pas trouvé la foi », « celleszéceux » indiquant que c’est Corinne qui parle et résume le sens du message.
Il y a cinq siècles, le pasteur/poète n’imaginait sans doute pas que le monde du 21ème siècle ne serait pas tout à fait consolé. Ecrirait-il le même texte aujourd’hui ?
Cette question m’a incité à jeter un coup d’oreille à la messe diffusée sur France Culture en fin de matinée du dimanche.
Le prêtre expliqua dans son homélie que la foi était une réponse d’amour et qu’il était possible d’en témoigner par son comportement, sa manière d’être.
Pourquoi ai-je pensé aux fondamentalistes de la « Manif pour tous », aux juifs extrémistes d’Israël, à l’Iran, au Hamas, et à l’église chrétienne russe qui bénit l’agression contre l’Ukraine ? Entre autres.
Au 16èmesiècle, on aurait dit, non que j’avais mauvais esprit, mais que j’étais l’expression de l’esprit mauvais, du Diable.
Aucun risque aujourd’hui.