Comme l’acte policier qui a entraîné la mort de George Floyd il y a trois ans à Minneapolis, celui qui a provoqué la mort du jeune Nahel à Nanterre a été filmé. On voit clairement le policier à hauteur de la portière avant gauche de la voiture tenant à deux mains son arme pointée sur le conducteur. On le voit tirer et se reculer en même temps que la voiture démarre.
Si l’on s’en tient à ce film, il est possible d’imaginer ce qu’on veut puisqu’on ne sait pas ce que voit le policier, ni ce que fait le conducteur.
Ce qui met fin au jeu des hypothèses est la déclaration du policier dont la vidéo révèle qu’elle est mensongère. D’où sa mise en examen pour « faux en écriture publique par un agent dépositaire de l’autorité publique » et pour « homicide volontaire ».
Cela ne suffit pas pour infléchir les réactions – elles sont nombreuses – des abonnés au Monde qui, comme ce fut le cas pour G. Floyd, cherchent plus ou moins à justifier l’acte.
En sens inverse, la déclaration du président de la République est tout aussi surprenante : « Nous avons un adolescent qui a été tué. C’est inexplicable, inexcusable. Il faut le calme pour que la justice se fasse. Rien ne justifie la mort d’un jeune.»
Est-ce que ce serait « explicable », « excusable », « justifiable » si, dans des circonstances analogues, il s’agissait d’un adulte ?
Ce qui peut être invoqué à propos de l’âge (17 ans) de ce jeune homme est son refus d’obtempérer qui, selon les médias, n’était pas le premier : on sait que la contestation de l’autorité, la tentation de l’interdit sont un des composants de l’adolescence.
Mais la distorsion entre ce refus et, avant même l’acte, la menace de l’arme prête pour tirer ?
Le journal suisse Le Temps publie (28/06/2023) une interview de Sébastien Roché, professeur à Science-Po Grenoble après cette précision :
« En 2022, le nombre record de 13 décès a été enregistré après des refus d’obtempérer lors de contrôles routiers en France. En cause, une modification de la loi en 2017 assouplissant les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre peuvent utiliser leur arme. Elles sont désormais autorisées à tirer quand les occupants d’un véhicule «sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ».
Extrait de l’interview :
« Nous avons observé 5 années avant et après la loi de 2017, et nous avons regardé comment avaient évolué les pratiques policières. Les résultats montrent qu’il y a eu une multiplication par 5 des tirs mortels entre avant et après la loi dans le cadre de véhicule en mouvement.
Question du journaliste : « L’augmentation n’est-elle pas simplement liée à l’augmentation des refus d’obtempérer ? »
Réponse : « Nous avons regardé le détail des tirs mortels. Le sujet, ce n’est pas les refus d’obtempérer, qui sont une situation, ce sont les tirs mortels, qui interviennent dans cette situation. Les syndicats de police font tout pour faire passer le message que le problème ce sont les refus d’obtempérer qui augmentent. Mais le problème ce sont les tirs mortels, dont les refus d’obtempérer peuvent être une cause parmi d’autres. Et les refus d’obtempérer graves ont augmenté mais pas autant que ce que dit le ministère. D’autant que l’augmentation des tirs mortels n’est notable que chez la Police nationale et non dans la Gendarmerie. Dans la Police nationale, en 2021, il y a eu 2675 refus d’obtempérer graves, pas 30 000 {ce qu’affirme le ministre de l’Intérieur}. Il y a une augmentation mais ce n’est pas du tout la submersion dont parlent certains. Ce n’est pas suffisant pour expliquer l’augmentation des tirs mortels. D’autant que la Police nationale est auteur de ces homicides et pas la Gendarmerie alors que les refus d’obtempérer sont également répartis entre les deux. Si le refus d’obtempérer était une cause déterminante, elle aurait les mêmes conséquences en police et en gendarmerie. »
Que devient l’« inexplicable » d’E. Macron dont le gouvernement a fait voter cette loi ?