L’acquittement de Trump

« Donald Trump acquitté sans gloire à l’issue de son second procès en destitution. Cinquante-sept élus se sont prononcés samedi en faveur de la culpabilité de l’ancien président, il en fallait soixante-sept pour le condamner.»

Les réactions se partagent entre la critique de l’énoncé du journal (accusation de parti pris), les soutiens (minoritaires, qui utilisent l’arme de la provocation)  et les adversaires de Trump, dont certains s’épuisent ou se complaisent dans la réfutation argumentée des « pro-trumpistes ».

Ma contribution 

Le rire et la provocation. La provocation – manifeste, ici, dans certaines contributions – est  l’expression de la jouissance particulière du déni et des protestations qu’il cherche à susciter. Cette jouissance est la plus forte  quand les protestations sont au premier degré et qu’elles s’efforcent d’opposer une argumentation. Elle est alors soulignée par le rire qu’on appelle le « rire du pendu », signe du déni majeur dont toutes les autres formes ne sont que les formes pathétiques. Le pendu ne sait pas qu’il rit ni que son rire n’est qu’une grimace. Si  sa contemplation est source du malaise d’ambivalence, c’est que le déni est séduisant comme peut l’être le cocon primordial ou le chant mortel des sirènes. Ce qui revient au même. Un peu comme Valentin. L’amour ou le désossé.

                                                            *

 Une autre contribution met en cause l’effet « poudre aux yeux » du procès pour insister sur le noyau dur du problème.

 « A côté de l’Amérique qui gonfle le show et se construit, des deux côtés, les insurrections avec selfies et décès, surtout cardiaques, lire sur les coulisses Ali Laïdi Le droit*, nouvelle arme de guerre économique / Comment les EU déstabilisent les entreprises européennes. Là on est dans le dur de ce que nous veulent les US, en dehors du spectacleréaffirmé comme essence de ce que nous devons voir.Et trumpe-l’oeil. »

* Le droit est le titre d’un essai sur le « droit » utilisé par les US  pour établir des embargos.

Ma 1ère réponse :

Les deux constituent la même problématique, à des niveaux différents et complémentaires. L’ « affaire Trump » (= le discours de Trump avant l’élection : je vais gagner et si je perds c’est que l’élection aura été truquée) est l’expression dictatoriale interne (l’acquittement la maintient possible) de la puissance dictatoriale externe. Ce qui est nouveau, du moins dans la partie émergée, c’est le rapport des forces économiques mondiales qui évolue vers un seuil conflictuel, atteint le jour où la dictature externe pourra être niée. Sa réélection aurait sans doute conduit à une accélération brutale. Le procès qui vient de se dérouler n’est pas anodin en tant qu’il est le signe juridique de ce processus. Autrement dit, du point de vue institutionnel, le message politique radical de « l’affaire Trump » est considéré comme « légal » et la négation éventuelle de la dictature externe (sanctions économiques et financières) pourra autoriser la dictature interne non condamnée.

> Sa réponse, telle quelle, au risque mineur d’une petite vanité :

« Fort bien dit. Ce que j’ai lu de plus subtil ici. De mon point revue cependant il faut voir la panoplie complète : 1 / forces armées 2 / juridisme d’abaissement économique des concurrents, lié aux infiltrations dans les surplombs internationaux 3 / diffusion du soft power, woke surtout actuellement. Reste à situer dans cela les procédures de surveillance/ guerres de l’information qui sont liées aux trois processus ci-dessus. La brutalité, dite chirurgicale, au plan externe visible dans la pratique/idéologie du drone, concernant aussi bien le camp démocrate d’ailleurs, trouve forcément ses répondants en interne mais plus ou moins décalés. Disons que pour reprendre votre schéma le camp démocrate est preneur de la brutalité externe tout en maniant alternativement le woke et le juridisme en interne tandis que le camp trumpiste relativement plus en retrait sur les espaces extérieurs (à l’exception du Moyen-Orient ) attise plus une mythologie du virilisme sur le plan interne. »

Ma réponse :

De mon point de « rerevue » », donc, et, comme il s’agit d’un processus, je dirais qu’il est difficile de situer la place du curseur d’accélération dans la confrontation, et de savoir ce qui, pour l’objet de ce débat, est de l’ordre du conscient intervenant dans la machinerie du capitalisme dont les U.S se revendiquent les hérauts. S’agissant de la stratégie signifiée par le procès, je parierais plutôt pour l’inconscient dominant, dans les doubles stratégies de l’accusation et de la défense, l’une et l’autre conscientes de l’inévitable acquittement. Objectivement d’accord, donc. Le contraire eût été le signe d’une révolution, à tout le moins bolchevique. Ce qui n’est pas forcément rassurant (je parle de l’inconscient, hum… peut-être pas que). J’aurais bien quelques réserves à propos du virilisme, sauf à le considérer comme l’expression d’autre chose qu’une simple question de pénis. Si j’ose dire. Mais bon.

2 commentaires sur « L’acquittement de Trump »

  1. Nous avons eu notre dose de théâtre politique cette semaine avec le résultat escompté : l’acquittement de Trump certes mais aussi et surtout la victoire du suprématisme blanc (le Sénat étant à 89% blanc). Khalil Gibran Muhammad (Harvard) qui vient de déclarer très justement que l’acquittement de Trump rendait l’élection de Biden similaire à la victoire électorale d’Abraham Lincoln en 1861, laquelle a été suivie par la guerre civile quelques mois plus tard écrit dans The Guardian que «Trump est maintenant à la tête de la néo-confédération, anciennement appelée le parti républicain. Il s’agit d’un parti composé de personnes dont les ancêtres idéologiques ont toujours été bien représentés à tous les niveaux de gouvernement et de la société. Soyons clairs, c’est une Amérique qui l’a toujours été ». La rapidité avec laquelle ce procès s’est terminé « pour ne pas gêner les réformes engagées par Biden, » avec un seul chef d’accusation alors que Trump a violé la Constitution régulièrement depuis le début de son mandat montre encore une fois que les Démocrates ont besoin des Républicains et vice versa. Plus ça change ….

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